PARTIE II, LIV, VIII, GHAP. LUI
ensemble en Honne intelligence , je ne pensais à autre chose qu'à avoir soin de vous et de voti-e harnois; j'étais en joie et en paix, mais depuis que je vous ai laissé , et que j'ai mis le pied sur l'échelle de Tambition et de l'orgueil , il ne m'est entré dans l'esprit que des soucis et de l'ennui ; je n'ai souffert que travail et que misères. Pendant que Sancho entretenait ainsi son âne, il lui mettait le bât ; et étant enfin monté dessus , il s'adressa à l'intendant, au maître -d'hôtel, à Pedro Rezio, et tous ceux de sa maison , et leur ^it:
Adieu, messieurs : faites-moi ouvrir la porte, et me laisc^^ retourner à mon ancienne liberté ; laissez-moi allt*^ chercher ma vie passée pour me ressusciter de V, mort que je souffre ici ; je < ne suis point né pour 4tre. gouverneur , ni pour défendre les îles contre ceux qui lés veulent attaquer; mon fait est de labourer, de tailler et de bêcher la vigne , et non pas de donner des lois , ni défendre des royaumes et des provinces ; Saint- Pierre se trouve bien à Rome , cela veut dire que chacun doit demeurer chez soi , et faire son miétier : la faucille me sied mieux à la main que le bâton de gouverneur, et j'aime mieux une sotipe à l'oignon, que de me voir à la merci d'un impertinent médecin, qui me fait mourir defaim dans l'attente de trouver quelque viande qui me
soit propre ; je dors aussi bien à T ombre d'un chêne en été, et l'hiver enveloppé dans une ^osse couverture , qu'entre deux draps de Hollande , couvert de vos martes sublimes dans un château de gouverneur ; adieu, viessieurs, encore une fois ; dites de ma part à monseigneur le duc, que nu je naquis, et nu je me trouve, et je n'y prends ni n'y mets ; je veux dire que j'ai entré dans le gouvernement sans denier ni maille, et sans denier ni maille j'en sors, tout à rebours de ceux qui entrent daaas les gouvememens ; bon jour et bonne nuit , messieurs , laissQz-moi paî^* ser, que je m'aille faire panser, car je cro»* <P*e j'ai toutes les côtes rompues , Dieu ^erci aux ennemis qui m'ont passé plus de *-ent fois sur le corps.
Vous ne nous ferez pa!^<^e tort , s'il vous plaît, monseigiieur le gouverneur, dit Pedro Rezio, je vous donnerai vn breuvage contre ces douleurs, qui vous remettra aussitôt ; et pour ce qui est de V09 repas, je vous laisserai manger tout ce qu'il vous plaira^ sans vous contraindre en quoi que ce soit Vous y venez trop tard, monsieur le •docteur, dit Sancho, je vous remercie de vos breuvages , et vous m'empêcherez de m'en aller •comme je suis turc ; ce n'est pas moi qu'on attrappe deux fois', et s'il me prend jamais envie d'être encore gouverneur, que je puisse mourir