PARTIE II, LIV. VII, CHAP. XXXIV
les roues épaisses faisaient un certain son enroue de la même façon que cjuand on reut donner la chasse aux ours et à d^auttes bétes farouches ; à ce tintamarre s'en joignit un autre , qui le rendit encore plu» horrible : il sembla à tout le monde, qu'en dijEférens endroits du bois on donnait en même temps autant de*batailles ; d'un autre côté on entendait le son épduyantable de FartiUerie ; d'un autre , un tiomln^ infini de mousquetades : il semblait , à la voix des combattans , qu'ils fussent tout proches , et plu» loin tt n'ëtait qu'instrumens à la maùière des Mores , qui ne cessaient de jouei^y edmme pour les animer au combat ; e» vyft mot ^ le bruit confus de fous ces différens instrumens de guerre ^ les cris des Combattans et le tintamarre des charriots , donnaient de la frayeur aux plus assurés i et don Quichotte lui^ même eut besoin 4e toute soïi intrépidité pour n'être pas épootantëi Sancho il'eut paS le loisir d'à voit- de la résolution , car ]a peur le fit tomber éranoui aux pieds de la duchesse , et quelque chose qu'on lui fit , il fut asse^ long-temps à r<ivenir ; iL commençait à ouvrir les yeux quand . ' il arriva un de ces charriots qui faisaient tant de bruit ^ tiré p« quatre* |)oeu£$' , tout eou'terts de drap noir ^ et portant k chaque corpé tfne toi^ che allumée ; au haut du char on voyait une espèce de trône , sur lequel était assis un vieillard
vénérable, avec une barbe blanche comme neige, et $1 longue qu'elle Jui passait au-delà de la ceinture , et son habillement ét^dt d'une longue robe de boûcassin noir, qui le couvrait entièrement. Le char était conduit par deux démons extreme-r ment noirs, et qui avaient des visages si effroyables , que Sancho fut su? le point de retomber en défaillance , et il ferma les yeux pour ne les pas voir davantage* Ce noir équipage étant arrivé devant le duc , le vieillard se levant de dessus son siège, dit tout haut : vJe suis le sage Lirgande ;' et aussitôt le char passa outre. Il fut suivi *d*un autre char tout semblable , avec un vieillard vêtu comme le premier, qui, ayant fait arrêter te charriot,^ dit d'une voix gçave :
Je suis le sage Alquif, le grand ami d'Urgande la déconnue ; et passa comme l'autre. «On vit ensuite arriver un troisième char de même parure, avec le même- attelage et de semblables. guides; mais celui qu'on voyait sur le trône était un hopime robuste , et d'un àir désagréable, et sauvage, qui , se levant debout comme les autres , cria d'une voix; enrouée : ^/ . :
Je suis l'enchanteur Arcalaiis, ennemi mortel d'Amadis4e.Çraule, et de toute sa race; et cela dit , il suivit les autres. A quelque» pas de là les trois chars s'arrêtèrent, et lé bruit importun des roues ayant cessé , on entendit une agréable