PARTIE II, LIV. VII, CHAP. XXXIV
bouquin , qui faisait un bruit épouvantable. Holà , courrier! dit le duc, qui êtes-vous? à qui en voulez-vous? et qu'est-ce que ces troupes qui passent par ce bois? Je suis le diable! répondit le courrier d'une voix horrible ; je cherche don Quichotte de la Manche , et les gens que vous entendez sqnt six troupes d'enchanteurs, qui emmènent Pulcinée du Toboso enchantée sur un char de triomphe ; elle est accompagnée du brave cavalier Montesinos, qui vient apprendre à. don Quichotte les moyens de la désenclianter. Si vous étiez le' diable, comme* vous dites, repartit le duc , vous auriez déjà reconnu le chevalier, puisque le voilà devant vous. Sur mon Dieu et sur mon âme , je n'y prenais pas garde, répondit le disJile : j'ai tant de choses dans la fantaisie, que j'oubliais la plus importante. Hé, par ma foi , s'écria Sancho , il faut que ce diable soit homme de bien et bon catholique : s'il ne croyait rien, il ne jurerait pas de la sorte ; à ce que je vois il y a de bonnes gens, partout , et en enfer comme ailleurs. En même temps le diable tout à cheval, et fixant les yeux sur don Quichotte : A toi , dit-il , chevalier des Lions , que je te puisse voir bientôt entre leurs*griffes l c'est à toi que je suis envoyé de la part du vaillant et malheureux Montesinos, pour te dire de l'attendre au même lieu que je t'aurai trouvé, parce qu'il amène
avec lui une Dulcinée du Toboso , dont il sait les moyens de défaire l'enchantement : voilà le sujet de mon ambassade ; les diables comme jnoi demeurent en ta compagnie, et les bons anges avec ces riiessieurs.
En disant cela il sonna de son épouvantable cor, et disparut sans attendre de réponse. Les chasseurs parurent plus étonnés qu'auparavant, et, plus que tous, don Quichotte et Sancho: Sancho de voir qu'en dépit de ce qu'il en savait, on voulait que Dulcinée fût enchantée ; et don Quichotte , de ce que les visions qu'il avait eues dans la caverne de Montesinos se trouvaient véritables. Pendant que le chevalier roulait tout cela dans son imagination , le duc lui dit : Êtes- TOUS résôhi de les Attendre , seigneur don Quichotte ? Pourquoinon? répondit-il ; jie les attends de pied ferme , quand tout l'enfer ensemble devrait venir m'attaquer. Pour moi , dit Sancho , s'il vient encore un autre diable me corner aux oreilles, )e demeurerâti aussi bien ici qu'en Flandres. Cependant k nuit étant déjà avancée et fort efascure, on vit un nomI»*e infini de lumières iqui couraient parles bois^ de ta même manière qui'«afi vx>it dans iiin temps '«crein des exhalaîsoiis sèrhes voltigea dans la Aïoyeni^ë région d^ l'air, et on entendit ân^sitot i»n èruif épouvantable , covMoie d'un charriot chargé de chaîînes, dont