‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 4)Chapitre 130 sur 248 · PARtIE II, tlY. Vm, CHAP. LlV* aS · texte numérisé non relu

PARtIE II, tlY. Vm, CHAP. LlV* aS

des pèlerins f qai FaTait reconnu, Tarréta, et Fembrassant, par le milieu du corps ^ lui dit en espagnol : Hé, mon Dieu! qu'est-ce que je vois? serait-ce bien mon cher ami^ mon bon voisin Sancho Pança ? et par ma foi oui ce Test , car je ne suis pas encore ivre. Sancho fut tout surpris de s'entendre nommer et de se voir embrasser par le pèlerin , et il le regarda quelque temps sans dire une parole \ mais il eut beau le considérer , jamais il ne put le reconnaître. Le péle^ rin voyant Tétonnement de Sancho: Et qu*estce donc que cela , lui dit41 ^ mon cher ami P tu ne reconnais plus Ricole le morisque, le mercie;r du village ? Sancho le considéra de nouveau, et se le remettant enfin , il lui jeta les bras au cou san^ mettre pied à terre , «t lui dit : Et qui diaUe t'aurait recçnnu , Rkote , avec ton habit de mascarade? et comment oses-tu revenir en Espagne P par ma foi, mon pauvre ami, on te fera mal passer le temps si on te reconnaît. Si tu ne me. découvres point, Stocho , dit le pèlerin,. je suis Ken assuré qu'il n'y a âme vivante qui me reconnaisse avec cet ha2>it. Mais ôtonsnoifô du grsoad chemin , et allons dans ce bois, ou mes camarades sont résolus de s'aller repo*** ser, tu dîneras avec eux : ce «ont de bons enfans , et dont tu seras content, et j'aurai là le loisir de te conter ce qui m'est arrivé depuis ipie je fus

contraint de sortir de notre village , à. cause de l'édit que le roi a fait publier contre ceux de notre malheureuse nation, comme tu as bien ouï dire. En même temps le pèlerin ayant parlé à ses compagnons, ils s'en allèrent tous dans le bois^ cju'ils crurent assez éloigné du grand chemin, «et ils jetèrent aussitôt leurs bourdons et leurs tnantelets, et demeurèrent presque nus. C'étaient tous jeunes gens # éveillés , et de bon appétit^ il n'y avait que Ricote qui était déjà avancé en âge , et chacun portait un sac de cuir bien pourvu^ au moins de viandes qui excitent à boire. Ils s'assirent sur l'herbe , qui leur servit de nappe , et chacun fournissant ce qu'il avait , elle se trouva en un moment couverte de pain , de sel, de couteaux, de noix» de fromage, et de quelques os , où il y avait encore à ronger , avec une espècç de saucisson qu'on appelle cavial, qui se fait d'oeufs d'estui^eon , et qui réveille fort l'appétit; il s'y trouva aussi des olives en quantité, qui, quoiqu'un peu sèches, ne lais* saient pas d'être de bon goût ; mais ce qui fit le plus l'honneur du repas , ce furent six grandes bouteilles de vin , dont chacun fournit la sienne^ jusqu'au bon Ricote , qui en avait une qui valait elle seule toutes les autres. Ils se mirent à manger , rongeant les os les uns après les autres , et ensuite chacun buvant à sa bouteille ; ils ne les

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