PARTIE II , LIV. VITI , CHAP. LVI
réchal-de-camp , et alors qu'il fut venu : monsieur, dit -il, ce combat ne se fait-il pas pour m* obliger de me marier arec cette demoiselle ? Oui , lui répondit le marechal-de-camp. Puisque cela e#t , repartit-il , il n'est pas besoin dépasser outre , car il irait de ma' conscience : je me tiens pour vaincu , et je suis tout prêt à l'épouser. Le marcchal-de-camp demeura fort étonné des paroles de Tosilos, et ne sut que lui répondre.
Cependant don Quichotte se retint au milieu de 5a course , voyant que son ennemi ne se mettait point en défense ; le duc était en peine ^ et ne pouvait deviner ce qui empêchait le combat; mais le maréchal -de-camp lui ayant été dire ce que c'était, il en fut bien surpris, et entra dans une extrême colère contre Tosilos^ sans oser pourtant le témoigner. Pendant que cela se pas^ sait ainsi, Tosilos approcha de l'échafaiid , et dit tout haut à la dame Rodrigue : Madame je con-^ sens de me marier avec votre fille, et je ne prétends point avoir par procès , ni coinbat , ce que je puis avpir sans péril. Don Quichotte qui l'entendit, s'approcha en même temps des juges du camp et leur dit : Puisqu'ainsi est , messieurs , je suis quitte de ma parole ; ce cavalier a pris le meilleur parti : qu'il se marie, à la bonne heure, et qu'il jouisse en paix des fruits de son repentir.
Le duc , ayant en ce temps-là descendu dans
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la place, s'adressa à Tosilos , à ()ai il dit : Est-il YTai y cavalier, que tous vous tenez pour vaincu, et que presse des remords de Yotre conscience , vous voulez épouser cette demoiselle ? Oui^ monseigneur, répondit Tosilos, il est ainsi; Ma foi, il fait fort bien , dit Sancho, car on dit : Donne au chat ce que tu avais à donner au rat, et te tire de peine. Tosilos se pressait de délacer son casque , et priait tristement qu'on lui aidât , parce qu'il né pouvait plus respirer , tant il était serré de ses armes. On le désarma promptement, et Rodrigue et sa fille le reconnaissant^ se mirent à crier tromperie ! tromperie ! c'est là Tosilos , laquais de monseigneur le duc , qu'on a mis à la place du laboureur. Nous demandons justice de cette malice^ et on ne doit point souffrir cette trahison. Ne vous fâchez point , mesdames , dit don Quichotte , ce n'est ni malice ni tromperie ^ et s'il y en a , ce n'est point de la part de monseigneur le duc , mais de la part des enchanteurs , mes ennaoïis , qui , jaloux de la gloire que j'allais acquérir dans le combat, ont changé le visage de votre partie en celui de ce laquais : Prenez mon conseil , mademoiselle , ajoufa-t-îl, parlant à la fille , et vous mariez avec ce cavalier ; car je vous réponds que c'est le même que vous demandez , et vous pouvez voijs en fier à moi. Le duc , malgré tout son dépit ^ ne put