PARTIE II, LIV. Vlli, CW^. LXI
vôtre , seigneur chevalier , doitêtre fille , ou proche parente de celle du grand Roque; allons où il vous plaira, je vous suivrai partout, et particulièrement si vous me voulez ftiire Fhonneur de m'employer à votre service. Le cavalier fit à don Quichotte iin compliment non moins obligeant ni moins étudié que le sien , et lui et ses amis l'enfermant au milieu d'eux , ils prirent le chemin de la ville , au son des tambours et des hautbois. On eût dit que les enchanteurs attendaient notre chevalier à l'entrée de la ville. Deux jeunes fripons, poussés de je ne sais quel esprit , eurent bien la hardiesse de percer jusqu'à lui , au travers de cette troupe de cavaliers qui l'environnaient, et mirent sous la queue de Rossinante et du grisou un gros paquet de chardons. Les pauvres bétes , tourmentées de ces nouveaux aiguillons, serrèrent la queue, et en souffrirent davantage ; de sorte que ne pouvant se délivrer de ce tourment , elles se mirent à sauter et à ruer de toute leur force, et jetèrent enfin leurs maîtres par terre. Don Quichotte , tout honteux et plus en colère qu'il n'en faisait semblant, se leva, et délivra Rossinante , et Sancho en fit autant à son grison , pendant que les cavaliers se mettaient en devoir de châtier cette insolente canaille qui avait causé le désordre ; mais il n'y eut pas moyen d'en attraper aucun ; ils se perdirent tous deux
dans la foule. Enjiii don Quicfabotte et Sancho remontèrent à cheval; et le cavalier/ ami de Roque 9 qui était un des plus apparens de Barcelonne , les mena chez lui , où nous les laisserons pour l'heure , parce que Benengeli veut finir ce chapitre.