PARTIE II, LIV. VIII, CHAP. I.XII. 35 J
vir d'exemple à la postérité : tout ce qu'on peut dire sur cela, c'est que quand il a faim, il mange un peu avidement , et un morceau n'attend pas l'autre ; mais pour ce qui est de la propreté , il n'y manque jamais ; et dans le temps qu'il était gouverneur, il fit bien voir qu'il n'était pas fort sur sa bouche , et il mangeait si délicatement , qu'il prenait les raisins et les grains de grenade avec une fourchette. Gomment , s'écria don Antonio, le seigneur Sancho a été gouverneur! Oui, monsieur, répondit Sancho, j'ai été gou-
verneur,' et d'une île qu'on appelle Barataria; je Tai gouvernée dix jours durant , à bouche que veux-tu ; j'y ai perdu le repos , l'esprit , et l'embonpoint, et j'y ai appris à mépriser tous les gouvememens du monde : aussi en ,sortis-je en courant; je tombai, en. chemin faisant, dans une grande fosse, avec mon grison; Aous nous crûmes morts l'un et l^autre , et ce fut un miracle de ce que nous en 'sortîmes vivans. Don Quichotte conta alors tout ce qiii était arrivé, à Sancho dans son^ouvemeipent, et toute la compagnie en reçut beaucoup de.plaisir,- riant de temps en temps de bon cœur.
Le dîrifer achevé , don Antonio prit don Quichotte par la main , et le mena dani^ une chambre , où il n'y avait p'our'tout ornemçnt et pour tout meuble , qu'une table qurparaissait de jaspe,
posée sur un pied de senïblable matière , et dessus un buste qui semblait de bronze , représentant un empereur romain. Ils se promenèrent quelque temps par la chambre et autour de la table ; et après cela , don Antonio dit à don Quichotte : A présent que Je suis sûr que personne ne hous^coute, je suis bien aise de tous apprendre une des plus rares arentures dont on ait jamais ouï parler, à condition, s'il vous plaît, que ce sera un secret entre vous et moi. Vous pouvez vous y fier, seigneur Antonio , répondit don Quichotte , et je vous en donne ma parole : celui à qui vous parlez , a des yeux et des oreilles^ et point de langue ; et quand vous m'aurez ouvert votre cœur,* croyez que c'est comme si ^oits a^iez ense^peli votre pensée dans les aMmcs du silence. Après cette assurance , repartit don Antonio ,. je. vais vous dire des choses qui vous ravîront en admîrsftion ,-etme soulager moi-même deTennui <Jue j'ai de{>ùislong-tempis ée né savoir à^qui*confie^ des secrets qui ne sont assurément pas; pQur- tout le monde^^ Cdïé tête que vous voyez-là , seigneur don Quichotte » ajëuta-tril ^ lui portant la main c^cssitô, et lui faisant manier ïa table et son pied de. tous côtés , a été faite par xta des plûy hîiKl'es ehcjïanteurs qu'il y ait jamais eu, qui éiaît, à. ce que je croîs,. Polonais, et disciple dû fameux Lefecot , de qui on raconte