‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 4)Chapitre 201 sur 248 · PARTIE II , LIV. VIII , CHAP. LXV. 4^ I · texte numérisé non relu

PARTIE II , LIV. VIII , CHAP. LXV. 4^ I

qu'aux autres, et m' étant persuade que sa guérison dépend de se tenir en repos et en paix dan$ sa maison , je me suis mis en tête de l'y ramener, et il m'en a déjà coûté bon. Il y a environ trois mois que j'endossai le hamois dans ce de^ sein; j'allai chercher don Quichotte en équipage de chevalier errant , et sous le nbm de celui des Miroirs, afin de le combattre et tâcher de le Vaincre sans le blesser, mettant auparavant dans nos conditions quelle vaincu demeurerait à la discrétion du vainqueur; et j'avais dessein dèslors, le tenant déjà pour vaincu , de lui défendre de sortir de sa maison d'un an entier , croyant qu'on pourrait le guérir pendant ce temps-là ; mais la fortune en ordonna d'autre sorte : ce fut lui qui me vainquit, me faisant rudement vider les arçons , et ainsi mon dessein n'eut point de succès. Don Quichotte s'en alla tout glorieux de sa victoire, et je m'en retournai tout rompu , et en danger de la vie : cependant je n'ai pas laissé de le chercher encore avec la même intention , et je l'ai vaincu : et comme il est fort exact à garder religieusement les lois de la chevalerie errante , je suis persuadé qu'il accomplira ponctueUement les conditions de notre combat, puisqu'il m'en a donné sa parole : voilà, monsieur, tout ce que vous vouliez savoir. Je vous supplie que don Quichotte n'en ait nulle connaissance, T. IV. 26

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afin que mes soins et ma peine ne soient pas perdus ; que le pauvre homme puisse recouvrer Fe^rit, qu'il a excellent, s'il n'était point troublé par les rêveries de son extravagante chevalerie. Ab! monsieur, repartit don Antonio, je ne saurais vous pardonner le tort que vous faites à tout le monde , en lui volant le plus à^éable fou qu'on ait jamais vu ; vous n'avez pas considéré que tout l'avantage qu'on peut tirer de la sagesse de don Quichotte, ne sausait égaler le plaisir que donnent ses folies : ce n'est pas que je ne m'imagine bien que tous vos soins seront inutiles , car il est presque impossible de rendre la raison à un homme qui Fa si entièrement perdue, mais enfin cela peut arriver ; et si je ne croyais point pécher contre la charité , je souhaiterais que don Quichotte ne* guérît jamais , puisque nous n'y perdons pas seulement ses folies , mais encore celles de Sancho , qui sont capables de réjouir l'esprit le plus mélancolique : avec tout cela je vous promets (pie je ne dirai rien, quand ce ne serait que pour voir si je me tromperai dans Fopinron que j'ai que les soins du seigneur Carrasco' ne réussiront pas comme il se l'imagine. Monsieur^ repartit Carrasco, l'affaire est en bon train , et j'espère qu'elle réussira. Ils se firent ensuite quelques complimens ; et don Antonio étant sorti , le chevalier de la Blanche Lune fit

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