‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 4)Chapitre 202 sur 248 · PARTIE II, LIV. VlII, CHAP. LXV · texte numérisé non relu

PARTIE II, LIV. VlII, CHAP. LXV

s^ussitôt lier toutes ses armei^ sur tin mulet, et montant sur son cheval de bataille , il prit ïe cheùiin de son village , où il atriva heureusement. i)on Antonio alla rendre cothpte au viceroi de te que Fui avait dît Cafrâséo ; et le vice-* roi ne pût s'empêcher d'avoir quelque f egret de ce que la retraite de dort Quichotte allait j^ri'^er tout le mondé de ses foliés.

Don Quichotte fut six jours ati lit , fort incommode de Sa chute; mais beaucoup plus triste de ^é voir vaincu , que dé tùM le riial qu'il souffrait. Sancho èe tenait f6i!^urs atiprèâ dé lui , tâchant à le consoler , et* fài disait entré autres, choses : Allons , iQonisieiir , coursée , il faut se réjouir plutôt que de s'affliger ; n* êtés-voùs pas bien heiireax d'avoir tombé si lourdement, sans vous casser la tête ? et puis ne saVez-vous pas bien que lésf hoiAmes ne sortt piiîi toujours en chance, et qu'on hé trou'^e pafe foujotirs du lard partout où il y a des crochets ? mais moquezvouS dû' médecin- , puisque vôuS n'avéi pas besoin de la médecine; mon petit maûtre, allonsnoutf-en bravement chez nous, sans nous amuser à chercher les aveni;ures en des lieux que nous ne connaissons point ; après tout , il se trouve que c*est moi qui perds le plus, encore que vous soyez le plus foulé : en quittant mon gouvernement, j'avais bien quitté l'envie d'être jamais

4o4 BON QUICHOTTE.

gouverneur, maLs non pas Tenvie d'être comte; et cependant m'en voilà revenu , si vous n'êtes point roi , comme apparemment vous ne le sauriez être si vous quittez vos chevaleries. Mpn pauvre ami , répondit don Quichotte , il n'y a rien de désespéré , puisque ma retraite n*est que pour un an : après cela rien ne me peut empêcher de reprendre l'exercice des armes, et je ne manquerai pas de royaumes à cpnquérir , ni de comtés à te donner. Dieu le veuille , répliqua Sancho : une bonne espérance vaut toujours mieux qu!une mauvaise possession.

Comme ils en étaient là , don Antonio entra dans la chambre , et d'un visage gai , il dit à don Quichotte : Bonnes nouvelles, seigneur don Quichotte, bonnes nouvelles ; >don Gregorio et le renégat sont arrivés, ils sont au palais du vice-roi, et vous les allez voir ici dans un moment. Cette nouvelle me réjouit , dit don Quichotte , témoignant un peu de joie; mais en vérité , seigneur don Antonio , je souhaiterais presque que le dessein n'eût pas réussi , afin de passer moi-même en Barbarie , où j'aurais eu le plaisir de délivrer, non-seulement don Gregorio, mais encore tout ce qu'il y a de chrétiens (esclaves parmi ces infidèles : mais qu'est-ce que je dis, misérable! continua-t-il : ne suis-je pas ce lâche qui s'est laissé vaincre, ce malheureux qu'on a

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