‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 4)Chapitre 221 sur 248 · PARTIE II, tlV. VIII, CHAP. LXIX. ^^î · texte numérisé non relu

PARTIE II, tlV. VIII, CHAP. LXIX. ^^î

dait de la tête aux pieds, et se voyait tout en flammes ; mais comme il ne se sentait point brûler, il ite s'en mettait pas en peine. Il ôta le bonnet , et le vit tout peint de diables ; il le remit sur sa tête, et dit en lui-même : Encore est-ce quelque chose que ces flammes ne me brûlent point, et que ces diables ne m'emportent paa. Don Quichotte considérait aussi Sancho, et malgré toute sa frayeur, il ne put s'empêcher de sourire de le voir ainsi équipé. Pendant que tout le* monde était attentif et dans, le silence , on entendit de dessous le tombeau un cbncert agréable de flûtes douces , qui jouèrent quelque tempa des airs amoureux et tendres ; puis tout d'un coup on vit paraître à 1% tête du tombeau d' Altisidore , un jeune homme vêtu à la romaine, qui, accordant une très-belle voix avec une harpe, dont it jouait lui-même , chanta ces stances r

Pendant cpie l'amoureuse et triste Altisidore Repose en son cercueil ;

Pendant que nous voyons encore Soupirer et gémir des compagnons en deyil ,

Je vais, aîAsi qu'un autre Orpbée, '

Chanter son mérite en mes vers ,.

Et pour l'apprendre à l'Univers ,

En informer la renommée.

Je pe prétends seulement pas Le publier pendant ma vie , Je veux mCme après le trépas

44o DON QUICHOTTE.

Que , libre de mon corpa , mon esprit le publie )

Qu'on sache partout sen noalheura ,

Que l'Univers entier en pleure ,

Et Jusqu'en la sombre demeure , Que Pluton et sa cour en répandent des pleurs.

11 suffit , dit lors un de ces deux rois , il suffit , divin chantrç j ce ne serait jamais fait , que 4e nçius vouloir peindre en détail les grâces de l'incomparable Altisidore , q^i n'est pas morte comme le pense le vulgaire ignorant , mais qui vit encore daps Içs cent bouches de la Fenommée , et revivra parmi nous , .sitôt que Sancho Pança Taura rappelée à la lumière, par la peine qu'il est destiné à souffrir. Ainsi dpnc , ô.lVhadamanthe, toi qui juges avec moi dans les antres obscurs de Léthé , puisque tu sais ce qui est arrêté dans les décrets immuables des destinées pour fa^ire revivre cette aimable personne , dé-clare-le promptement, afin de ne pas différer davantage le bien que nous attendons d& son retour.

A peine Minoseut parlé de la sorte , que Rhadamanthe se levant sur ses pieds : Accourez tous, s'écria^t*-il, domestiques de cette maison, grands et petits 9 forts et faibles , hommes et femmes ; venez les uns après les autres, donner sur le visage de Sancho vingt-quatre croquignoles , et syr ses bras et ses reins douze pincemens, et six

Page 1