‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 4)Chapitre 239 sur 248 · PARTIE II , LIV. VIII , CHÀP. LXXII · texte numérisé non relu

PARTIE II , LIV. VIII , CHÀP. LXXII

Quichotte; et vous, monsieur, quel chemin prenez-vous ? Pour moi , monsieur , repartit le cavalier, je m'en vais à Grenade, d'où je suis. C'est une bonne ville, dit don Quichotte, et où il y a quantité d'honnêtes gens; mais , monsieur, me pardonnerez-vous bien , si je vous demande votre nom? le cœur me dit que j'ai quelque intérêt de le savoir. Je m'appelle Alvaro Tarfé , répondit le cavalier. Je m'imagine monsieur, dit don Quichotte, que ce pourrait bien être vous dont il est parlé dans la seconde partie de l'histoire de don Quichotte de la Manche , (pe certain auteur a fait imprimer depuis peu. C'est moi-même, répondit le cavalier, et ce don Quichotte, qui est le héros du* livre, était fort de mes amis : ce fut moi qui l'obligeai de sortir de chez lui , au moins qui lui inspirai le dessein de venir aux joutes de 'Sarragosse où j'allais , et en vérité il m'a quelques obligations, car j'empêchai qu'au sortir de la prison , on ne lui fît un traitement indigne par le& rues , y ayant été condamné par la justice , à cause de ses insolences. Et ditesmoi, je vous prie, seigneur don Alvaro, demanda don Quichotte , trouvez-vous que j'aie de l'air de ce don Quichotte que voUK dites? Non assurément , en nulle manière , répondit don Alvaro. Et ce don Quichotte , dit notre chevalier, avait-il un écuyer appelé Sancho Pança? Oui,

répondit le cavalier , il en avait un de ce ncmi , qu'on disait qui était extrêmement plaisant , mais je ne lui ai jamais rien ouï dire de bon. Oh! je 4;rois bien celuirlà , dit ailos$ Sancho , car il n'est pas permis à tout le monde de dire de bonnes cboses , et cela est plus mal-^aîsé qu'on ne pense. Ce Sancho que vous dites, monsieur^ doit être un franc veiUaque et un véritable pendard ; c'est moi qui suis le vrai Sancho Pança , et qui sais dire des plaisanteries à toyt bout de champ. Si vous ne m'en croyesc pas, faites^n l'expérience, et suives^moi seulement un an durant , et vous verrez qu'elles me sortent de la bouche k chaque, pas , et en si grande quantité , que je fais mourir de rire tous ceux qui m'écoutent , encore que bien souvent je ne sache pas moi-même ce que je dis. Pour le vrai don Quichotte de la Manche, le brave, le vaillant, le saga, l'amoureux, ledéfaiseux de torts çt de griefs , le père des. orphelins, le soutien des veuves et des demoiselles, et ç^ui qui aime uniquement la nompareille Dulcinée du Toboso, tr'est mon maître^ qpe voilà pissent devant vous. Tout autre dofi Quichotte, et tout autre Sancho Pança, sont autant de vnensongis. £n vérité , mon ami , j'en suis tràs-persuadé , répliqua don Alvarô, car vous m'avez dit plus de choses agréables f n quatre paroles, que je n'en ai^ouï dire à l'autre Sancho

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