PARTIE II, LrV- VIII, CHÀP. LXXUI
croyons que vous vous retirez dans votre maison pour vivre en paix , vous vous allez encore jeter dans de nouveaux labyrinthes , en vous faisant un petit bei^erot ? vraiment , voilà un métier Hen digne de vous : allez , allez , mon oncî^ , le blé est dé)à trop dur pour faire des chalumeaux. Et vraiment , oui , ajouta la gouvernante , vous êtes bien en état de passer tout le jour aux champs dans le grand chaud de Tété , et dans le froid de l'hiver ! cela est bon aux paysans., qui sont robustes , et nourris à cela dès le ventre dela mère ; et mal pour lâal , il vaudrait encore mieux être chevalier errant , que berger ; mais, voyez-vous, monsieur, prenez mon conseil, je vous le donne à jeun , et je ne suis plus un enfant : faites valoir votre bien tout doucement ; prenez soin de votre maison et de vos affaires ; priez Dieu, et donnez l'aumône; et s'il vous en mésarrive, je le prends sur moi- Bon, bon, mes amies, voilà qui est bien, répondit doû Quichotte , mais je sais bien ce qu'il me faut , faitesr moi seulement un lit , que je tne couche ; il me semblé que je ne me trouve pas trop bien , et soyez assurées que chevalier ou berger je ne vous, manquerai jamais , vous le verrez par les effets.. Ces bonnes filles le mirent au lit, et lui donnèrent à manger, ne songeant qu'à le divertir et à lui faire faire bonne chère.
Don Qnicfaotte tomba effectrrement malade^ soit que ce fût du déplaisir 'de se voir vainGu , soit que cela vînt des fatigues qu'il s^était données dans ses courses , ou ipie l'un et l'autre y emsent contribué ; Sancho fut toujours au chevet de son lit tant que la fièvre lui dura : le curé et le barbier y allèrent aussi tons les purs, et croyant que l'ekinui de ne < point voir Daldnée désendiantée faisait tout son mal , ils faisaient tout cequ^tls pouvaient pour le consoler et le réjouir. Le bachelii^ disait qu'il fallait prendre cQurage , et «pi'il n'attendait que le retour de sa santé pourconunencer l'exercice pastoral, afyant déjà composé une ég^ogue qui damait le pion â toutes celles de Saaijizar, et ayant acheté d'un berger de Q^ititanar deux dogues pour garder le troupeau, dont l'un s'appelait Barcino, et l'autre Butron. Tout cela ne remettait point don Quidiotte en belle humeut ; ce que voyant Sancho : Ehi qu'est-ce que ceci, lui dit*il, mon cher maître , à cette heure que nous avons nouvelles du désenehantiement Âe madame I>ukHnée , roulezvous demeurer au lit ? ne vous allez pas laisser mourir, non , tout le monde vous en prie , et il n'y a rien qui presse : ce n'est pas un si grand mal que d'avoir été vaincu , qu'il faille se désespérer ; et que swait-ce si tout le monde faisait comme vous? la moitié du monde serait prou