PARTIE II, LIV. VIII, CHAP. LXXIII
emborraseée à enterrer Tautre : après tout, vous n'êtes ni -estropie ni contrefait, et r&as serez toujours en état d^avoir revanche ;. allons, sortez^ moi de ce lit , nous voilji sur le point d'être barçers, et de passer la vie à chanter comme des chanoines, et vous êtes triste comme un ermite ; faites comme moi , je prends le temps comme il vient , et je me console de tout , parce que jusqu'à la mort tout est vie ; prehes mon conseil , mon petit maître , viTcz le plus longtemps que vous pourrez , car la phis grande folie du monde c'est de se laisser mourir, et sans savoir pourquoi ; et vous ne me sauriez montrer un seul homme qui se soit bien trouvé d'être mort de mélancolie : allons donc , encore une fois , laissez là le lit et la maladie , et nous en allons par les champs , jouant du flageolet et faisant des chansons , peut*étre trouyerons-nous en notre chemin Dulcinée désenchantée ; après cela , je ne donnerais pas de tous les chagrins du monde un double ; mais si c'est que vous mouriez de déplaisir d'avoir été vaincu , jetez-en la faute sur moi , en disant que vous êtes tombé à cause que j'avais mal sanglé Rossinante ; et puis , n'estce pas bien la coutume de vos livres de chevalerie, que les chevaliers se renversent ainsi les uns les autres ? on ne voit autre chose à tout bout de champ : eh mardi , il y a bien de quoi
s'ëtonner, un âne qui ^ quatre pieds tombe bien t Sancho a raison » ajouta Carrasco^ il ne £aut pas se décourager, et il n*y a encot^e rien de perdu. Ils eurent beau dire tous, don Quichotte n'ai fut ni moins rêveur ni moins malade ; mais il guérit enfin , et retourna dans son bon sens^ jusqu'à être consulté et admiré de tous ses voi^s^ si bien qu'on eût dit qu'il n'était devenu fou que pour faire voir que les livres de chevalerie sont de pures impertinences , et combien il est dangereux de s'attacher à les lire.
FIN DU TOVi: QUATRIËBIE.