PARTIE n, LIV. VII, CHAP. XLIH. Il
n*en prends que modârement : celui qui n'est pas levé avec le soleil ne jouit point du jour ; et je t'avertis , Sancho , que la diligence est mère de la bonne fortune, et que jamais là paresse ne vient à bout de rien.
Four le dernier conseil que j^ai à te donner , je veux que tu Timprimes fortement dans ta mémoire, et je crois qu'il ne te sera pas irioins utile que les autres : cVst de ne te point amuser à disputer sur les races , au moins pour faire comparaison des unes aux autres , car comme elles ne sont jamais égales , tu té feras baiir de celui que tu amas ravalé, et l'autre ne te saura point de gré de lui avoir rendu ce qui est à lui'.
Pour ton habillement, tu dois toujours être propre, avec un manteau un peu long, sans y rechercher l'éclat ni la magnificence ; il faut que tu prennes un air modeste et sérieux , particulièrement quand tu rendras justice , et dans toutes les occasions où il s'agira des devoirs de ta charge : dans toutes les autres , sois affable , doux et civil , et fais-toi rendre le respect qui t'est dû, en inspirant pourtant plutôt de l'amour que de ia crainte.
Voilà, Sancho, les avis que j'ai à te donner ; je t'en donnerai d'autres suivant que le temps et les occasions le demanderont, pourvu que tu aies soin de m'informer de l'état où tu te trouveras,
Il4 I>DN QUIGHOnif.
Tout ce qfjo^ vous v^no dp me dire, inofl^ieiir» est fort bon, répondit Sancho, ce sont des cho^is profitables, et pour cette vie et pour l'autre ; mais à quoi est-ce que cela me servira , si je ne m^ea ressouviens point? il est vrai que poijr ce qui*€St de me rogner les ongles, et de me remarier, si le cas y échet, cela ne me sortira point dje l'esprit; mais- pour tout ce bagage que voqs m'ave% dit » toutes ces autres subtilités , ma fpi;| je 10^^ m souviens et m'en souviendrai autant que des neiges d' Antan , si ce n'est que vous^ loie les brailliez par écrit , et je me les ferai lire par mon confesseur, afin qu'il me les enchâsse dans la mémoire toutes les fois qu'il en sera besoin. Haie! s'écria don Quichotte , hé ! que c'est une chose terrible et malséante à mi gouyerne^r de i^e savoir ni lire ni écrire l sais-tu bieu ce qu'on pense, Sancho , d'un homme qui ne sait pas lire, et d'un gaucher? qu'ils viennent de gens misérables et de la derpière condition, ou qu'ils ont eux-mêmes l'esprit si grossier , qu'ils ne se sont pas trouvés capables de correction. C'est un grand défaut qiie tu as là, mon pauvre ami, et je voudrais que tu apprisses pour le moins à signer. Je sais bien mettre mon nom , repartit Sancho : quand je fus fait bedeau de la confrérie dans notre paroisse , j'aî appris à faire des marques comme celles qu'on Tnet sur des ballots de marchandise.