PARTIE II , LIV. VII , CHAP. XLIII
à cela n'y a que répondre ; et que si la cruche donne contre la pierre , ou la pierre confie la cruche , tant pis pour la cruche : pardi , je crois que ceux-là sont à propos; que personne ne se joue à son. maître, ni avec celui qu'il envoie , parce. qu'il sera châtié comme celui qui met son pQuce entre deux dents mâchelières; et quand ce. ne serait point des mâchelières , n'importe , toutes dents sont bonnes. Quand le gouverneur commande, il n'y a pas à répliquer, non plus qu'à hors de . chez moi , que voulez* vous à ma femme ? pour celui de la cruche et de la pierre , un aveugle y mordrait ; aussi faut-il que celui qui. voit le fétu dans l'œil d'autrui^ voie la poutre qui est dans le sien ; afin qu'on ne dise pas de lui , la pelle se moque du fourgon ; et votre seigneurie sait de reste qu'un fat est plus habile daus sa maison , qu'un sage dans celle d'autrui. Oh! non pas cela, Sancho, repartit don Quichotte : un fou n'est habile en quoi que ce soit , ni chez lui ni ailleurs, parce qu'où il n'y a plus de raison, il ne s'y trouve plus de prudence. Mais laissons cela , mon ami ; en un mot , si tu gouvernes mal, ce sera ta faute ^ et moi j'en aurai la honte; cependant j'ai la consolation de n'avoir rien négligé, et les conseils que je t'ai donnés en homme d'honneur et de conscience^ m'acquittent de mon devoir et de ma promesse^
I|6 BON QTOCHOtTB.
Dioute conduiae, Sancho, et sa providenee ie gouifvnie, et me délivre moi, a'il lui plaît, de la crainte qui me reste, que tu ne mettes tout sens<-dessus*dessou$ dans ton ile ^ et que tu n'a-bîmes avec elle ; il ne tiendrait qu'à moi de me guérir de cette frayeur tout-À41ieure , je n'aurais qu'à découTrir au duc qui tu es, et que cette grosse panse, dont tu es chargé, n^esl qu'un magasin de proverbes et de malice..
Monsieur, répondit Sancfao, si vous ne me croyez pas capable de faire le devoir d^un bon gouverneur, )e quitte les prétentions que j'y ai sans aller plus loin ; la plus petite partie de mon âme , ne fût-elle pas plus grosse que la pointe d'une épingle , m'est plus chère que la panse que vous me iiieproehez ; et je vivrai aussi bien Sancho tout simple , avec un morceau de pain et un oignon, que Sancho gouverneur avec des chapons et des coqs*-d1nde: car à la mort, et quand on dort, tout est pareil , grands et petits, pauvres et riches \ et si votre seigneurie s'en veut souvenir, c'^est vous qui m'avea mis le gouvernement en tête , car moi , je ne sais ce que c'est que d'île et de gouvernement; et après tout, si vous croyez que le diable doive emporter le gauvemeur , j^aime mieuiQ aller Sancho en paradis que gouverneur en enfer. En vérité , Sancho , dit don Quichotte , les dernières paroles que tu