‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 4)Chapitre 99 sur 248 · PARTIE II,.LIV. VII, CHAP. XLIX. igS · texte numérisé non relu

PARTIE II,.LIV. VII, CHAP. XLIX. igS

lui, et s'il n'était pas tombe, je ne l'aurais j'a« mais attrapé. ^Pourquoi fuyç:&-vous , mon ami ? demanda Saiicho. Monseigneur , répondit le jeune homme , pour éviter tacites les interrogà«> tions de la justice. De quel métier étes-vous , je vous prie? Tisserand. Et qu'est-ce que vous tissez ? Des fers de lance par aventure. Ah , ah , repartit Sancho , vous êtes donc un plaisant , et vous vous mêlez de bouffonn«r; j'en suis bien aise, ^ et où allez-vous à Fheure qu'il est? Monseigneilr, dto-il, je m'en allais devant moi. Et quoi faire? demanda Sancho. Prendre l'air, ré-^ pondit-il. fit où prend-on l'air en cette île ? dit Sancho. Là #ù il soufBe,* monseigneur. C'est fort bien- répondre pour un jeune homme ^ dit Sancho , je vois bien que vous en savez beaucoup. Imaginez-vous , pionsieur le plaisant , que . c'est moi qi^i suit l'air , et que je vous souffle en poupe , et que je*^vous chasse devers la prison : holà, qu'on me l'y mènetout-à-l'heure! efj'empêcherai bien qu'il né dorme cette nuit à l'air, aussi bien n'est-ildéja que trop éventé. Par^i , monseigneur, dit le jeune homme, vous mènerez aussi bien dormir dans la prison, comme je suis turc. Et pourquoi donc ne te ferai-je pas dormir en prison, insolent? repartit Sancho; est-ce que je n'ai pas le pouvoir de t'y faire mener, et de t^en tirer quand il me plaira ? Ma foi , vpus auriez

cent fois plus de pouvoir, que vous ne m'y feriez point dormir., répondit le |eiane homme. Gomment, répliqua Sancho, on se moque ici de moi! qu'on me l'entraîne en prison sur-lechamp, et qu'il voie de ses propres yeux si je suis le maître ou non ; et si le geôlier est assez sot pour le laisser sortir , je le condamne dès à présent à deux mille ducats d'amende. Vous dites cela pour rire , monsieur , repartit le bouffon , et je défie tous les hommes du monde de me faire dormir cette nuit en prison , quand on me devrait écorcher. Es-tu le diable , dit Sancho en colère ^ et as-tu quelque esprit famifier , qui te vienne ôter les fers que je te vais faire mettre ? Or ça, monsieur le gouverneur, dit le jeune homme , parlons par raison , et venons au fait : je suppose que votre seigneurie m'envoie en prison, qu'on me mette dans un cachot, les fers aux pieds et aux mains, et qu'on me garde à vue : avec tout cela, si je ne veuijpas dormir, et que je veuille passer toute^ la nuit les yeux ouverts, est-ce quCi tout vottç pouvoir sera capable de me faire doiînir ? Kon assurément , dit le secrétaire , et le jeune homme ^ raison. De sorte donc, ajouta Sancho, que vous ne vous empêcherez de dormir que pour suivre v#tre fantaisiç, et non pas pour contrevenir à ma volQuté ? Trèsassurément, monsieur, répondit le jeune homme,

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