‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 4)Chapitre 100 sur 248 · PARTIE II, LIV. VU, CHAP. XLIX · texte numérisé non relu

PARTIE II, LIV. VU, CHAP. XLIX

et je ne le pense pas autreirient. Allez- vous-en ddhé à la bonne heure, dit Sancho, allez-Tousr^n chez vous dormir à votre aise , je ne prétends pas Tempécher; mais je vous conseille à Favenir de ne vous pas jouer avec la justice , car vous pourriez tomber entre les mains de quelqu'un qui n'entendrait pas raftllerie , et qui vous casserait la tête^ Le joune homme se retira ,, et le gouverneur continua la Vonde.

De là à quelque temps vinrent deux archers , amenant avec €»ix un jeune garçon fort beau et très-bien vêtu : Monsei^eur , dit l'^ïi d'eux ^ nous vous amenons une jeune fille déguisée. On la regarda à la lueur des lanternes , et on vit que c'était une fille qui pouvait avoir quinze à 9eize ans ; elle avait ses cheveux ramassés dans un petit réseau de fil d'or et de soie verte , et parais^ sait extrêmement b^e. Oii la considéi:a de la tête aux pieds , et on vitt qu'elle était habillée de brocard d'or à fond vert, «avec une casaque de même étoffe , sous laquelle elle avait un pourpoint de toile d'or à fond blanc ; $e$ bas de soie étaient incarnats , et ses jarretières de taffetas blaàc , bordées de franges d'or avec des perles , et elle portait des escarpins blancs à la manière des hommes; elle n'avait point d'épée ,. mais* seulement un riche poignard, et aux doigts plusieurs bagues de prix; en un mot, cette fille parut belle

à tout le monde , mais il ne se trouva personne qui la connâl; les habitans de file même dirent qu'ils ne savaient ce que ce pouvait être ; et'ceux qui étaient infoiqpiés des tours qu'on vAilaitfeuer à Sancho, étaient plus étonnés que le reste, parce qu'ils n'avaient aucune pârt^ cette aventure , et ils attendaient tous à quoi cela aboutirait*

Sancho, ^rpris de la beauté de cette ^eune fille , sur qui il avait les yeux attacîiés , lui deçianda qui elle j^^t , où eHe allait , et pourquoi on la voyait ainsi déguisée» Elle, baissant doucement les y§ux , f épdSidit aVfec une honte modeste : Je ne saurais, monsieur, dire' devant tant de gens une chose qu'il m'importe si fort qu'elle soit secrète ; je puis seulement vou9 assurer que je ne suis point un viileur, et que je n'ai nul mauvais dessein ,/ m^is une fille malheureuse, que la jalousi^ force à faim cette action contre la bienséance. L'intendant, entendant cela , dit à 3ancho : Monseigneiif le gouverneur, ordonnez à tous ces gens de s'éloigner ^ afin que cette daipe puisse dire ïibrement^e qu'il lui plaira. Ils se retirèrent par l'ordre du gouverneur, avec qtî il ne demeura que Fintendant, le maître-d'hôtel, et le secrétaire j et la jeune fille leur p^rla ainsi : Messieurs, je .suis fille de Pedrd Pérès Mazoca, le fermier des laines de cette ville , qui a accoutumé de venir souvent chez mon père. Qu'est-ce

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