‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 5)Chapitre 102 sur 216 · PARTIE III, LIV. I, CHAP. XXI · texte numérisé non relu

PARTIE III, LIV. I, CHAP. XXI

le cheval , que je vous ai pris par souplesse. A Dieu , ou au diable !

» Parafaragaramxjs, »

Comment! dit don Quichotte, îl me renvoie mon cheval, et le nain est venu à pied! qu^estce que cela veut dire ? on n'a point amené de cheval ici, dit Basile; nous avons toujours été dans la cour , monsieur Chrysostôme et moi, nous l'aurions bien vu. Il appela un valet, et demanda si on n'avait amené un cheval. Non , monsieur, répondit le valet, et vous avez la clef de l'écurie. Ils y allèrent tous ensemble; et à peine don Quichotte y fut-il entré , que Rossinante commença à hennir. Le pauvre enfant, dit Sancho, que je te baise! vraiment tu es d'un bon naturel, mon ami. Pardi, ces messieurs les enchcnteurs en savent bien long, continua-t-il ; mais encore celui-ci est-il honnête homme, il ne veut que rire , et je pense qu'il est bon de faire connaissance avec lui. Don Quichotte alla à Rossinante, qu'il trouva uni et lisse, comme s'il fût sorti d'une boîte , avec les crins tressés et renoués de quantité de rubans verts et jaunes. Et pardi, dit Sancho, cet enchanteur-là est galant ; si jamais je le trouve , nous ne nous séparerons pas sans boire. Chacun admira l'aventure, il n'y eut que don Quichotte qui n'en fut point

§urpris, en ayant bien vu d'autres ; mais il ad? mira la franchise de Parafaragaramus , qu'il trouvait bien courtois pour une race si discourtoise. Comma on vit don Quichotte un peu revenu de sa tri^tçsse, Basile lui dit : Monseigneur, songeons à nous divertir; nous avons ici bonne compagnie, qui vous attend avec impatience, et que vous ne serez pas fâché de voir. Et en bonne foi, monseigneur, lui dit Sancho, qu'est-ce q^e vous avez à vous affliger? je viens d'examiner vos aventuras, et je m'y connais un petit, ce sont des. enchanteurs qui ont voulu rire ; ils ne Je font pas souvçiit; jp vous conseille d'en rire aussi , car cela est bouffoq , après tout. Qui^terie entra, tenant par la main madaqie Léonore, accompagnée d'Osorio et de monsieur l'abbé son oncle, qu'on avait informé de l'humeur de don Quichotte ^ en lui apprenant que hors les visions de la chevalerie errante , c'était un très-honnéte homme, plein d'esprit et de raison. Don Quichotte salua madame Léonore avec beaucoup de respect et de politesse; et Osorio lui ayant préseptéson oncle , ils s'embrassèrent avec de grands CQmpliqiens de part et d'autre. Monseigneur le chevalier , dit Basile , monsieur l'abbé et madame Léonore, sont ici exprès pour vous, et n'en partiront point , tant qpe nous aurons Thonneur ^e vous posséder. Je suis fâché, seigneur Basile ,

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répondit don Quichotte, de ne pouvoir profiter long-temps du plaisir de voir une si illustr^^ conipagnie; mai^ mon départ est fixé pour der main , et vous save» nies engagemens. Vraiment, monsieur, dît madame Léonore, npus avions pourtant espéiré (jaç tous voudriez biep npus honorer d'une visite ; monsieur ra)>bé et mpn mari vous en conjurent, et je vous en supplie dç la part de mon oncle Gamache , qui n'a pas pu venir, parce qu'il y a deux révérends pères ca^ pucins au logis, et il nous a priés de vous faire mille excuses de sa part Je suis extrêmement obligé à toutes vos bontés , répondit don Quir chotte, et si j'étais maître de moi, je me trour verais trop heureux du parti quç vpu^ m'offrez ; ma profession a des lois indispensables, vons ne Toudrieis pas que je les violasse pour le seul pl2(isir de me divertir ; tant de malheureux qui souffrent , tant de veuves , tant d'orphelins , tant de dempiselles qui gémissent , accablés $ous le joug pesant de la tyrannie , me dentiandent du secours ; je serais indigne du caractère dont j'ai été honoré , si je leur refusais ma protection dans des besoins si pressans. Au moins , monseigneur le chevalier, dit Osorio, vous nous promettez que nous aurons un jour l'honneur de vous revoir ? Je le promets et je m'y engage , répondit don Quichotte. Et moi aussi , dit San-

cho , quand j'y devrais venir pieds et poings liés. Avant que de se mettre à table , l'abbé et Léonore tirant don Quichotte en particulier, lui firent mille remertîmens d'avoir ramené Osorio à des sentimens si raisonnables , et qu'ils en auraient une reconnaissance particulière toute leur vie. Don Quichotte leur répondit sérieusement qu'il n'y avait d'autre part, que d'être l'instrument dont le' ciel avait voulu se servir ; que c'était Dieu qui avait voulu récompenser la vertu deLéonore et les bonnes intentions de monsieur l'abbé , et qu'il était très-persuadé qu'il soutiendrait son ouvrage. Il y eut beaucoup de discours et de coinplimens des deux parts , où don Quichotte dit tant de choses excellentes , que l'abbé ne savait pour qui le prendre , et il le traita tant qu'ils furent ensemble, avec la dernière considération. Après le repas , qui fut bon et de longue durée , et que Sancho égaya par sa bonne humeur , don Quichotte et lui prirent congé de la compagnie ; et en particulier de Quittcrie et de Basile , avec de grandes démonstrations d'amitié et des promesses de se retrouver un jour ensemble ; et ils se retirèrent dans leur chambre, où il y avait des lits pour l'un et pour l'autre.

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