A MADAME LA DUCHESSE DE A L'HÔTEL DE
SA GRANDEtJR.
« Il y a si iQQg-temps , madame la duchesse , que nous n'avons eu l'honneur de nous écrire , ni moi à vous , ni vous à moi , que je m'imagine être en l'autre monde , ou monsieur le curé dit qu'on n'a point affaire avec les gens d'ici ; quant à moi , je sais bien que vous dire là-dessus : c'est qu'il n'y en a pas de plus empêché que ceux qui tiennent .la queue de la poêle : votre hautesse saura donc que je suis armé chevalier, et armé jusqu'aux dents , et ma foi ce n'est pas pour des prunes; si j'ai de l'honneur^ il me coûte bon : je l'ai bien acheté ce qu'il vaut. Enfin j'ai des anûes toutes flambantes neuves , un vrai cheval qui s'appelle Flanquine, une lance ettoutlë^este, jusqu'à mpn enchanteur; etla meilleuretiïî'arqiie de chevalerie , c'est que les horions commencent déjà à pleuvoir menu comme grêle. En faisant la veiUe des armes, j'ai commencé par tuer don Grougnard; apparemment que vous le connaissez par rapport au nombre infini d'enchanteurs que j'ai vus chez votre grandeur; ces diabl^s-là me persécutent comme^des mouches : je n'ai pas eu le pied dans la chevalerie, que je croyais attat]uer deux cavaliers , et c'étaient des magiciens d'une étrange figure, qui se disaient
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de la mai3on d'Autriche; mûn maître ^ tuooâeigneur don Quichotte de la Manche , chevalier des Lions , qui en était témoin, vous dira que je fis merveilles ; mais un de ces magiciens me prit en trahison-, et me sangla un coup de massue sur le haut de la tête , qui me jeta les quatre fers en haut. Si vous avea quelque onguent contre les enchantemens y envoyez -le -moi vite, je vous prie , là ou je serai , car je vois bien que je n'ai pas besogne faite, et que ces diables-là sont ach»nés sur ma peau. Je vous dis, madame la duchesse, que nous voilà en campagne, monsieur don Quichotte et moi ; si vous écrivez à ma femme, bouche close sur tout ce que je viens de vous dire, parce que je veux la surprendre , quand je serai fijls bâtard d'empereur; ce n'est pas difficile, à ce que dit mon maître lui*méme, et peut-être qu*à l'heure je serai bien aise d'en avoir une autre, pour ne pas faire déshonneur à mes parens.
Adieu donc, madame, tenez-vous joyeuse ; pour mtoije ne cesserai de vivre et de mourir Pesclave de votre très-humble hautesse, jusqu'à ce que je jmkse me revoir auprès de votre beauté.
« Le chevalier don Sakcho Pança. » -
Iva lettre lue, don Quichotte dit qu'il ne lui conseillait pas de l'envoyer comme elle était, parce qu'il y avait trop de fautes, et que ma-