PARTIE m, LIV. n, CHAP. XXXI
soutenir que madame la comtesse est la plus belle princesse de FOrient; et si je vous abats de cheval, ou que je vous tue, vous serez obligé de confesser que votre dame n'en approche pas de cent piques , et vous Tirez dire vous-même à madame la comtesse. Pour des dames, je n'en manque pas, répliqua le cavalier, la terre est assez grande, et j'en ai encore une centaine à ma dévotion , qui n'en cèdent ni à comtesse , ni à princesse, ni à impératrice. Mais descendons, ajouta-t-il, et, en causant demi-heure ensemble, nous conviendrons des lois de notre combat. Il se jeta aussitôt à terre, et parut un géant. Sancho descendit aussi, et ils s'assirent l'un auprès de l'autre. Avez-vous déjeûné, chevalier? demanda le cavalier. Et comment diable aurais-je déjeûné , il n'est que soleil levé , et il y a une heure que je suis à cheval. Pour moi, j'ai faim, dit le cavalier, je n'ai rien mangé depuis que je vous cherche , et si %ous vouliez nous mangerions un morceau , et nous en aurions plus de vigueur : voyez , en voulez - vous découdre ? Tout ce qui éloignait le combat faisait plaisir à Sancho; il consentit à déjeûner. Mais où le prendre ? dit-il. Où lé prendre ? dit le cavalier : pour être si ancien dans la chevalerie , n'atezvous encore ni enchanteur ni fée qui vous secoure au besoin ? Holà , cria-t-il , Rabarbaran ,
qu'on nous serve ! Aussitôt une espèce de satyre tout velu passa au-devant d'eux, faisant une grande cabriole au lieu de révérence , et le cavalier dit à Sancho que tout était prêt. Ils en-* trèrent sept ou huit pas 4ans le bois, et ils trouvèrent à boire et à manger en abondance, trois satyi^s tenant chacun une bouteille de yin et un verre.
Sancho se trouva tout rassuré par ce spec-^ tacle , quoique pourtant ces étranges figures ne fussent pas trop de son goût ; mais il ne croyait pas qu'il eût rien à craindre de gens avec qui il allait se mettre à table, le vin étant de tout temps le symbole de l'union. Il se jeta promptement à terre , et les satyres ayant ôté la bride aux chevaux pour les faire paître , il se mit à manger de grand appétit. Monsieur le chevalier, dit-il, buvant à la santé du cavalier, vous w qui savez mon nom , dites-moi le vôtre. Vous n'en serez guère plus avancé, dit le cavalier, car 'je suis bien assuré que vous ne me connaissez jpâfe ; mais il ne faut pas vous refuser pour si peu de chose ; je m'appelle Parafaragaramus. Appelez-vous cela peu de chose ! repartit Sancho ; on boirait deux coups avant que le nom fût fini. Ah! seigneur Parafaragaramus, je vous connais de reste , et c'est moi qui suis cause que mon maître s'est accommodé avec vous. Est-ce que