PARTIE III, LIV. II, CHAP. XXXI
elles l'ont toujours ouverte , et hors le temps qu'elles boivent, on les entendrait d'une lieue. En cet endroit le chemin «'élargissant , et le bois devenant plus rare^ Sancho eut le loisir de voir le chevalier et de le considérer : c'était un homme qui paraissait avoir sept pieds de haut, ' vêtu d'une grande soutane noire avec Até rebdrds rouges; une grosse éeiifture lioire, qui lui environnait tout le corps, soutenait un grand cimeterre de quatre doigts de large , et le cime-» terre et le fourreau étaient attssi îtôirs que le reste ; sur Isi tête il avait un bonnet noir^ fort haut^ fourré de renard de Moècovie, avec une grande plume nofre qtii flottait comme celle des jaMssàires, et il montait un cheval noir d'uÉfe taille monstrueuse. Cet équipage lugubre et ce large cimeterre , propre à fendre nti boeuf en deux, ne parut point de bon présage à Sanchd, et il mourait d'ehvie de voit techetalier pardevant, pouif savoir si sa mine ne protnettait point quelque chose de plus hanidfin. Us àrri-» vèrent dans un grand espace vide^ où il d'y avait que du gazon, et le ca^valier dit à Sancho : Voilà nh endroit tout fait'pdiri' combattre* si vous voulez, nous nous exercerons une ou deux heures. Vous n'avez pas de lanc^, dit Sâncho. Je n'en porte point, dit' le cavalier, si ce^n'est quand j'ai désarmé les chevaliers qui en portent.
Et moi, dit Sancho, je ne commence jamais de combat que par la lance , et celui qui m'a armé chevalier m'a assuré que c'est la coutume des chevaliers errans. N'importe, dit le cavalier, je combattrai avec le cimeterre ; et en même temps il le tira et le fit briller aux yeux de Sancho: Vous voyez ce petit instrument, dit-il, il vient de Brandafidel, qui en fit tant de merveilles du temps de Roland, et je crois en avoir coupé plus de deux mille lances du premier coup. Sancho vit le cavalier au visage , et il en pensa tomber à la renverse ; japiais en sa vie il n'avait été si effrayé. Le cavalier avait un visage monstrueux, avec un nez qui lui pendait deux doigts au-dessous de la bouche, et lui couvrait une p^ie des joues, et tout cela noiî: cdmme du jais ; de gros sourcils épais, les yeux rouges et menaçans, et uue barbe touffue qui lui descendait, jusqu'à la ceinture. Il regardait fixement Sancho, qui n'osait le regarder : Qu'y a-t-ilf chevalier? lui dit-il; comibattoits-nous? on dirait que vous n'en avez guère d'envie. Rien ne presse, répondit Sancho, il y a plysd'une heure au jour, et puis nous n'ayons pas dit les conditions du combat. Y a-t-il d'autres conditions, rjspartit le cavalier, sinon que celui qui ijera vaincu demeurera à la discrétion du vainqueur? Et avez-vou3 une dame ? demanda Sancho ; car pour moi je suis ici pour