‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 5)Chapitre 170 sur 216 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Histoire de Sainville' et de Sylvie.

Je crains* que vous n'ayez pas grande satisïaction du récit que je vais vous faire, parce que je ne suis guère propre à bien débiter lés e^ttravagances d'une passion que je n'ai jamais sentie ; mais comme une partie des suites qu'elle a eues n'a pas laissé de tomber sur moi , par l'engagement de quelque alliance où je ne pouvais refuser le service qu*on doit à ses parens^ je me trouve plus instruite que qui que ce soit des faits de cette histoire , que je tacherai d'abréger autant que je pourrai.

Un cavalier, appelé Sainville, passant l'hiver dernier sur les sept heures du. soir dans la rue Saint- Antoine, entendit k quelques pas de lui un grand bruit qui l'obligea de sortir de sa chaise pour voir ce que c'était : il vit un carrosse à six chevaux, renversé dansk la boue; et il était si / plein de gens , et si chargé devant et derrière dans les magasins, que le cocher et le postillon, assistés de deux laquais, ne pouvaient venir à bout de le remuer ; il dit à ses porteurs jde leur aider, et, pour les animer davantage, il y mit

lui-même la i^^ain. Le carrosse relevé, il ouït qu'une femme qui était dans le derrière dit à une autre : Je croîs que je suis blessée , dites qu'on abatte la portière, nous nous irons reposer ici près dans la première boutique, pendant qu'un laquais m'ira quérir une ehai&e ou un carrosse. Madame, dit Sain ville, j*ai là une chaise à votre service, et vous m'obligerez extrêmement de n'en prendre point d'autre. Cette dame descendit en même temps de carrossé, et dit à Sainville, qui lui avait donné la main, qu^elle n'avait garde de recevoir l'offre qu'il lui faisait, et qu'elle n'était pas assez incivile pour le laisser aller à pied; mais il la pressa tant, qu'elle y consentit; en même temps il fit arrétei* un carrosse de louage qui s'en allait à vide, et il y fit mettre les bardes de cette dame, et s'y mit lui-même avec une fille qui était à eHe, ordonnant au cocher de suivre la chaise : pendant le chemin il demanda plusieurs fois à cette fille qui était sa maîtresse , et d'où elle venait ; mais elle ne dit autre chose , sinon qu'elle venait de Lyon , et que le carrosse versé était celui qu'on appelle la diligence. La chaise et le carrosse s'arrêtèrent dans la rue Tarane; et Sain ville ayant su que c'était là tjue cette dame demeurait , il lui alla présenter la main pour la mettre dans sa maison, et lui demanda si elle trouvait bon qu'il la

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