PARTIE m, Liv. u, CHAP. XXXI. 33g
sent aisément sur un cheval jusqu'en rhôtellerie la plus proche.
La curiosité de l'enchanteur en fut réveillée, et Sancho ne demandant pas mieux qu'à sortir d'un lieu qui lui représentait toujours une forte idée d'un engagement au combat, témoigna d'être aussi aise que lui d'aller apprendre ce que ce pouvait être. Ils suivirent donc doucement le chemin de l'hôtellerie, et, sous prétexte d'avoir besoin de se reposer, ils s'assurèrent d'une petite chambre où jamais il ne logeait personne, tant elle avait peu de commodités pour cela ; ils s'y firent seulement apporter un peu de pain et de vin, avec quelques fruits secs, dont ils n'avaient guère besoin ; et comme ils s'aperçurent qu'une méchante cloison d'ais mal assemblés leur permettait de voir tout ce qui se passait dans une grande chambre voisine , ils purent ouïr facilement tout ce qu'y disaient des gens de la compagnie de celui qui venait d'être blessé : c'étaient des Français nouvellement arrivés en Castille , et qui voulaient y être inconnus ; l'hôtesse était aussi Française , d'un village près de Paris , et , par quelque rencontre d'affaires, mariée .depuis environ vingt ans à un Castillan : comme elle n'avait jamais eu depuis aucun commerce en France, ravie de revoir ses compatriotes, elle avait demandé en grâce à une demoiselle de la
compagnie de lui conter par quelle aventure ils se trouvaient tous en ce lieu, l'assurant que, s'il y avait du secret, elle le garderait aussi religieusement qu'une autre , parce qu'elle n'avait pas de plus /orte inclination ^e de rendre à ceux de son pays tous les services dont elle était capable. La demo^elle, qui avait dessein d'instruire encore quelque autre de la même compagnie suç le même ^ujet, ne s'en fit point prier; et nos deux curieux, ayant l'oreille à l'ouverture de la cloison , l'entendirent commencer ainsi son histoire.