PARTIE III, LIV. U, CHAP. XXXII
éclats de rire du côté que cette dame était entrée, et il crut même qu'il y avait une voix qui ne lui était pas inconnue : d'abord il ne savait, si on ne riait point de lui, mais après s'être examiné il ne croyait pas en avoir donné aucun sujet. Cependant il y avait déjà près d'une heure qu'on le laissait seul , et il était sur le point de s'ennuyer, quand une fille le viftt prier de passer dans l'autre chambre, parce que madame la marquise s'était mise au lit : la chambre*était fort éclairée , mais il »'y avait qu'une petite bougie dans l'alcove, si bien que quand il s'approcha de cette dame il ne put voir comment elle était faite : il lui fit des excuses d'avoir abusé de ses bontés, et, après un grand compliment, il voulut prendre congé d'elle. Monsieur, lui dit cette dame, je voudrais bien savoir à qui j'ai obligation de toutes les honnêtetés que vous m'avez faites ce soir, car je se veux pas mourir sans reconnaissance. Madame, je m'appelle Sainvi]Je, lui répondit-il; c'est un nom qui n'est pas trop connu à Paris, et pour vous parler franchement, si le hasard et la nécessité ne me rendaient quelquefois utile, on ne s'aviserait guère jde m' employer. Si votre nom n'est pas connu à P^s, reprit cette dame, au moins l'est-il beaucoup^en Provence, et il me semble qu'il y a en ce payslà une dame qui ne néglige pas de se faire valoir,
et qui fait vanité d'avoir souvent de vos lettres; mais nous parlerons de cela une autre fois; qu'on nous serve sans façon ; monsieur^ vous souperez ici : je vous ai rompu toutes vos parties, il faut que je tâche de vous dédomnmager.
Sainville ne savait que penser de tout cela, et, n'ayant pas le loisir d'y faire des réflexions, il ne songeait qu'à voir cette dame avant que de se retirer, et à lui donner assez bonne opinion de lui pour lui faire souhaiter de le revoir. On mit le qouvert auprès du lit; et comme on eut apporté des bougies, Sainville jeta vite. les yeux sur le visage de cette dame, qui était si plein de mouches, de pommade et de rouge, qu'il eut de la peine à deviner si elle tétait belle ou laide : il lui semblait pourtant quelle avait les yeux assez beaux, et qu'elle ne devait pas avoir plus de vingt-cinq ou vingt-six ans ; mais cette quantité de mouches, avec 5a manière de se coiffer, toute pleine de rubans couleur de feu ; un petit corps blanc, chargé de points 4e France, tout plissé ; les bras presque nus, et des yeux qu'elle roulait languissammentdans la tête;, tout çela, dis-je, la lui fit prendre pour une franche coquette , hors qu'il lui manquait d'avoir la gorge découverte , ce qui lui fit croire qu'elle ne l'avait pas belle. Comme il la considérait avec attention , prenant le temps qu'elle ne le regardait pas, elle