‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 5)Chapitre 18 sur 216 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Arantages et désarantages de l'art militaire ; pensées iogéoieuses et piaisaDtes de ^ancho sur. le caractère des femmes.

En cet endroit, Sancho, qui n'avait pas- déjeuné, vint demander à don Quichotte »'il voulait qu'on nuft à la broche, et qufil était onze heures. Le ,curé dit qu'il allait lui-même donner ordre aux sauces , et laissa son neveu et don Quichotte seuls. Don Quichotte demanda au neveu quelles nouvelles il, y avait de Flandre. Il répondit qu'il n'en venait pas pour lors, et qu'il y avait près de trois mois qu'il sollicitait à la cour \ine compagnie qui vaquait dans le régiment , et qu'on lui faisait espérer ; mais que lorsqu'il était parti de Bruxelles, on disait qu'une. partie des trpupe$ (Rêvait s'embarquer pour l'Angleterre, où le^i envoyait une grosse année navale , et qu'il en avait djjstn ouï parler ^ à Madrid* Yous êtes bien heu^etnc, monsieur, dit don Qui<^hotte, de trouver si souvent des. occasions de vous signaler „ au lieu que nous autres , misérables campagnards , nousmenons une vie oisive , et à pei«e sommesr-nous connus à deux lieues de notre village. ]\|^nsieur, repajrtit Je cavalier, il y a des

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âges pour les choses; les gens qui ont acquis de la réputation font bien de penser au repos : à moins que d'avoir de g^aod^ emplois à l'armée^ le métier n'a pas de grands attraits pour ceux qui s'en peuvent passer ; cela est fort bon pour nous autres ^ qui n'avons pas assez de bien ni d'autorité pour nous faire considérer, et qui à'^ilkors ne savons à quoi nous occuper; c'est asiuréneiil ie miélieir d'un honnête homme , et pour mot je Vaime beaueoop^ mais si je ne considérais ia ^icnro que conupe on moyen de subsister , £t qu€ le service du rot £t de la patrie ne flattât point un peu l'ambition, il y a tant de choses âcheuaes , et on y dépend de tant de mal* honnêtes gens, qoe j'(en serais rebuté, filais, que fatpe, monsieur? demanda don -Quichotte. Je prendrais piaisirà voyager, répondit lecavatier, à voir tant de nations différentes, à examiner leurs imœurs , leur génie , les coutumes des pays^ lem«i foTices, leurç ricfae^ës , çt tout cg cm'il y a de cuideux dans toutes les parties àtl m^mie , où l'on peut vioyager consimodéilitiit. Ce n'esf pas la fatigue de la giien^ <|ui me d^lâît, c'est la dépendance; je suis d'une bonne cqpstitution , je me contente aisément de peu de chosej mais il^n'y a point de société à Tarmée , ou il n^y en a que trop '. pour un honnête hbmme on y trouve cent brutaux; peu de fidélité, point dé eonvcr-

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sation ; assez d'eaprit, mais tout tourné du côté de la débauche, qui m'est insupportable; et qui ▼eut y être sage y passe pour pédant ; et à vous dire le vrai, dans un métier où on mange son bien, où on a tant de peine à* s'élever, et qui est si contraire au repos , il faudrait au moins quel* que agrément : au bout du compte c'est la maltôte de tout le monde, et il y faut passer pour le moins ses premières années, quand ce ne se* râit que pour s'occuper.

Tout ce que vous venez de dire là , monsieur, est fort bien remarqué, dit don Quichotte; je ne sache cien de plus fâcheux à un honnête homme que d'avoir à vivre avec des malhonnêtes gens ; cependant la guene , avec tous les dégoûts qui se présentent, a en revanche bien des avantages : tous les vices qui y sont comme inséparablement attachés, sont pourtant hors d'elle ; et une marque de cala, c'est qu'elle a des lois qui châtient les vices : dans son origine elle n'a rien que de juste, car les premiers motifs de la guerre regardent la défense de la religion , la gkÉfk de l'état , et la conservation des peuples : un fUtince qui gouverne en repos» sur qui on n'a pointiAn|iic|é, à qui ses voisins ne 4i^nt rien, n'a point sujet de faire la guerre , et fçrait mal d'y penser ; là qualité de braye et de conquérant ne 4e met point à couvert de l'injustice; mais si

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ses voisins maltraitent ses sujets, n'entretiennent point les traités, ou qu'ils entreprennent sur sfô états, la guerre devient légitime : outre que la défense est naturelle, il est de son devoir^ aussi bien que de sa gloire ^ de repousser la forcepar la force; l'intérêt de son peuple justjUfie ses armes , et on peut sans scrupule s'engager dans une semblable guerre. Ce qu'il y a de fâcheux ^ c'est qu'il n'est pas aisé de déterminer à quel point doit aller la résistance ; on s'échauffe par humeur ou par orgueil, et il e.st bien difficile de n'excéder pas des. bornes qu'on ne connaît point ; les intérêts de la religion étant d'unç autre importance que ceux de l'état , on peut prévenir les ennemis de la religion, et porter chez eux la guerre , sans attendre qu'ils la déclarent i c'est la querelle de Dieu , qu'on doit venger en tgut temps V et c'est là que de quelque âge et de quelque condition qu'oiv^oit, ou peut sans scrupule «ignaler sa valeur et son zèle ; plût a Dieu que dès demain tous les j)rinces de l'Kurope voulussent s'unir pour aller terrasser L'orgueil des Ottomans , et foudroyer ces nations impies.« <|^i après s'être emparées des saints lieux , foulMervir à un infâme luxe le& vases sacrés da t^^inple , et , suivs^nt les maximes sacrilèges d'une loi pleine d'impostures, asseryissenttous les jours les fidèles sous un joug tyrannique ! Pour moiv ajouta don

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