‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 5)Chapitre 186 sur 216 · PARTIE m, LIV. II,«HAP. XXXII · texte numérisé non relu

PARTIE m, LIV. II,«HAP. XXXII

je n'e les connais point; et vous qui les connaissez vous me les garantissez , si je ne me trompe, apparemment contre votre conscience. La plupart des hommes , dis-je, ne sont pas sûrs, mais il y en a beaucoup à qui qâ se peut fier ; ditesmoi , je vous prie , belle Sylvie , ajoutai-je , quel sujet avez-vous de vous plaindre des hommes ? Moi ? répondit-elle ; je vous ai déjà dit que je ne les connais point , et vous êtes le seul à qui j'aie jamais parlé, mais j'en ai ouï dire d'étranges choses. Ah! ne jugez pas, dis-je, de tous les hommes par moi , ni de moi par tous les hommes ; assurément ils ne me ressemblent pas : je cède à tout le reste la bonne min», les avantages de l'esprit et du corps , mais je n'en connais point qui ait le cœur fait comme moi ,. qui se pique d'une fidélité inviolable , et qui aimât mieux renoncer aux plus grands biens du monde^ que de les posséder injustement. Voilà , dit Sylvie, de beaux sentimens, et la marquise est

bien heureuse d'être aimée d'un si galant homme. Oui, dis-je, mais je la trouve bienmalheu-. reuse de ne pouvoir aimer: elle perd le plus beau de sa vie dans une espèce d'indifférence , qui la rend insensible aux plus solides plaisirs , et, hors moi , la plupart de ses amis ne l'aiment plus que par reconnaissance. Est-ce, dit Sylvie, que quand on n'aiïne point, on n'a aucun plaisir?

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On n'a pds les véritables plaisirs, lui r^on'dis^ je , et ceux qu'on goûte «ont bien frbids. Vous me faites revenir d'une grande erreur , dît^Uè : je croyais qu'il y eût un plaisir bien sûr dans Findifférence , parce qu'en y eôt en rçpos , et quand on aime il me semble qu'on a bien des inquiétudes. Quand on aime bien , lui dis-jc , Tamoiv sait tourner lea in(}uiétudes en plaisirs. Je crois avoir vu des vers sur ce sujet , dit Sylvie , et je sais que vous en faites ; j'en ai même vu de votre façon , mais je voudrais bien voir de ceux que vous avez faits pour la marquise... Je n'en ai jamais fait pour elle, lui repondis- je ; elle ne les aime pas, et* elle est d'ailleurs si paresseuse, qu'elle ne voudrait pas prendre la peine de lire une page d'écriture. Oh , dît Sylvie , vous ne l'avez pas aimée si long-temps sans faire des vers pour elle ; mais vous me jugez indigne de la confidence. Vous êtes , lui dis-je*, trof> belle et trop jeune pour être confidente, belle Sylvie. Mais... mais, interrompit- elle, je ne suis pourtant pas assez aimable pour .mériter quelque sacrifice. En disant cela elle me quitta brusquement , avec une espèce de dépit , qui me fit bien connaître ce qu'elle avait dan^^Ie cœur; Je la suivis sans qu*elle voulût m'écouter, et ayant pris Phénice, nous allâmes retrouver la compagnie , qui les attendait pour sortir; je donnai la main à Sylvie

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