PARTIE III, LIV..II, CHAP. XXXII
de ma complaisance une Tiolente passion , niais violente à tel point qu'en respa<% de trois mois j'ai vu plus de pays que je n'en avais vu en toute ma vie.
Un soir que nous étions au Luxemboui^, je remarquai que Sylvie avait toujours les yeux attachés sur moi;. je crus qu'elle avait quelque chose à me dire , et je tâchai de la détacher de sa ccisipagnie pour savoir ce que c'était : je me levai et me promenai seul dans le parterre , regardant toujours de son côté, et, comme si nous nous fussions donné le mot , ja la vis sortir de sa place , et prendre Phénice par la msm.; de jeunes gens qui étaient là voulurent la Suivre , mais elle dit qu'elle voulait entretenir Phénice , et elles se promenèrent seules; nous fîmes cela si finement l'un et Faulre , que persosfie n'aurait jamais cru que nous eussions le même des- ' sein, et nous, nous promenâmes chacun de notre côté près d'un quart d'heure sans faire presque semblant de nous voir ; cependant nous gagnions toujours pays , et chaque tour d'allée ncms iap-* prochait de quelques pas ;« enfin ftous nous trpuvâmes insensiblement l'un avec l'autre au détour d'une allée , et Sylvie me reprocha que j'avais bien brusquement quitté la compagnie pour aller rêver. J'avais , lui dis-je , un dessein que je voulais faire réussir , et cela ne se pouvait faire parmi
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tarit de gens. Et, dit-clJe, en êtes -vous venu à bout? Oui, ré{k)nëis-je, et jusqu'à cette heure j'ai sujet d'être content. Sylvie me regarda avec des yeux languissans , et se forçant pour me parler: Je ne sache qu'une seule personne aumonde, me dit -elle, à qui vous voulussiez dire cpiel est ce dessein. Vous avez raison , repondi&-je , belle Sylvie , aussi n'y a-t-il qu'une seule personne qui le doive savoir. Nous avions besoin pour néus expliquer davantage de dem^ui^r seuls , et on
. eût dit que Phénice connaissait bien l'envie que nous en avions : elle nous quitta brusquement pours'aller asseoir sur les bml&, et en la suivant lenteoteni, Sylvie me demanda quand j'ei^érais 4e vous revoir. Je n'en ai nulle espérance , lui répondisse. Hé mon Dieu , que je vous plains ! ajouta-i^lle ; qu'.eôt-çe que Vous pourrez faire
' sans une personne si aimable , vous ne trouverez rien à Paris qui ^'^ous puisse dédommager de ce que vous perdez. Nous étions pour lors tout auprès 4e Phénice , et la bienséaxice voulait que mous demeurassions avec elle ; mais cpnmae nous nqt|i6 allions asseoir, elle dit à Sylvie : ¥ôus croyez donc que je n'aime pas à rêver aussi bien que les • autres ? je vous prie , laissez-moi un moment en patience. Mademoiselle , dis -je* à Sylvie , c'est un plus ^and bien que vous ne pensez que de pouvoir rêver en secret ; n'interronq[)ons point
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Phémice, puisqu'elle le demande elle-même.
Nous con.tÎDuâmes donc à nous ppomtner , et tout était favorable jm dessein <][ue nous avions de nous «tretenif seuls , car il feisait déjà nuit, et la mère de Sylvie ne nctos pouvait entrevoir que confusément .du. lieu. -où elle était, outfe qu'elle çroyaiJ;quefihcoice était avec nous. Vous me faites pitié, me di* JSylvie , de l'état oi\ je vous liois, et si l'avais la main assez bonne, je tiavaiDenaisà votre.^érison ; mais si je m'y connais bien 9 la plaie «st bien ^ofonde^ et il est fort difficile de portât le^remède jusque-là. Je m'étais si bien accoutumé à Sylvie, que je ne me défiais plus d'elle , et croyant toujours qu^elle ne pensait qu'à adoucit le. déplaisir que j'avais de votre absence , je lui'parlâis^assez confidemment des ob)%ations que je vous ai , de la bonté de votre c^ur ^ et de tout içe qui m'attache à vous, tâchafit pourtant de lui faire croire qu'il n'y av^it * point d'amour , mais je luipersuadais moins cela que le reste ; et ce qu'elle sentait ellé^éme lui ouvrait si bien lea yeux, qu'il était difficile de l'abMser. Belle Syjyie, lui répondis-je, vous me croyez bien dangereusement blessé ? A la mort , ine dit-ellç , et j'ai de la compassion de voir un boiinéte homme qui se oonsume inutilement. Si vous me croyez dans ce péril, ^répondis -je, je vous demande du remède , car je ne saurais mou-
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rir content, sans vous avoir rendu quelque^ ser^ vice. Cela est fort galant , dit-elle , mais si j'entreprenais une fois de vous guérir , je prétendrais que vous vous abandonnassiez entièr^sient à ma conduite , et que voQs ne fissiez pas la moindre démarche que je ne l'eusse ordonnée ; mais , ajouta-t-elle , les komraes. sont naturellement si légers, qu'ils le sont en tout, et quelque bien qu'on leur puisse faire ils ne savent ce que c'est que reconnaissance. Qn peut dire cela des hommes en général^ lui répondis^-je^ mais il y en a qui ont le cœur mi«ux fait, et pour moi , pour peu de bien qu'on me fiasse , j'en .ai toujours un extrénie resserftîment. C'est une chose bien fâcheuse, dit Sylvie , de ne pouvoir pas voir clairement dans le cœur âes hommes ; ils ont tous le même langage, et qui s'y Voudrait fier, le plus malhonnête homme persuaderait aussi bien que le plus sincère. Quoi! repartis-je, belle Sylvie , avec tant d'esprit vous n'en savez pas faire la différence? il nie semble* que la vérité a bien un autre air que la feinte , et celui ^ui dit ce qu'il ne sent pas , n'a jamais assez d'.art pour bien imiter le naturel. Je ne sais^ dit Sylvie , pourquoi nous en sommes sur cette matière , mais je crois que nous avons tort tous deux d^ns le parti que nous soutenons : je parle du peu de confiance qu'on peut avoir aux homnies , et j*àvoue que