PARTIE m, LIV. I, CHAP. VII
appellerons la duchesse d' Albuqucrque , parce que don Fernand , qui l'avait épousée , arait hérité par la mort de son frère aîné de ce duché et d'un grandat , releva Sancho , et il continua de la sorte ^ surprenant tout le inonde de son éloquence : Je me repens, madame, de ne vous avoir point reconnue, mais ce n*est pas ingratitude, et cela est à votre honneur, et non pas à ma hqnte ; si vous étiez cent fois belle , il y a quinze mois, vtous l'êtes à cette heure deux mille ; votre beauté n'était qu'un bouton , et à présent vous êtes fleurie'comme la' blanche épine : vos malheurs* vous avaient un .peu désarrangée , le bonheur a tout raccommodé, et i^ous y gagnez be^CQup plus que vous n'avez perdu. Je ne suis pas fâché à cetta heure de ne vous avoir point reconnue ; mais je suis biea aise de vous connaître maintfenaBrt, j?arce que vous valez mieux que 4oQt le monde eij^semble.
En vérité , aoii Sancho , «dit la duchesse, vous venez de dire des choses si obligeantes, et d'un air si galant, l|ue je fuis bien dire que vous ête& vous-mêBie sans prix, et un vrai modèle*de courtoisie : à ce que je vo^p Éous n'avons rien perdu, nWous ni moi , depuis que 'lïtms ne nous sommes vus ; vous me trouvez beaucoup plus belle , et je vous trouve cent fois plus agréable. Qr çà , ajouta-t-elle, si vous avez eu autrefois quelque
déplaisir à cause de moi , il faut que vous me le pardonniez^ et que nous soyons désormais bons amis ; en même temps elle lui tendit la main : il la prit sans façon et la voulut baiser ; mais cotame elle la retitra aussitôt, il prit le bas de sa robe, et y porta galamment la bouche. Madame* lui dit-îl assez bas, \e n'ai encore jamais été écuyer ; mais si je puis jamais me voir chevalier, je serai le vôtre jusqu'à la mort." La duchesse devina bien pourquoi il lui avait parié bas, parce que le curé lui avait appris la retraite de don Quichotte , et qu'il était comme un afttre homme qui n'avait plusde risions, ce qu'elle avait reconnu elle-niéme. Elle ne répondit donc à Sançho qu'avec un souris,. comme ude personne qui entrait dans le secret ; et allé lui dit aussi 'à demi-bas : J'accepte vos offres, ami Sàncho, et je vdudrâîs que ce»fût'âè/|clemain* ïl y a pl«s d'une h^ure au jour,* n^partit Sancho, et ce qui est différé n'est pas perdu ; pui^ élevaut sa voix : Là où «ont les grands, ajouta-t41, là sont les graqdeui^ ; ce n'est pas de jTous , madame , qu'il faut 4ire.que les honneurs changent lés mœurs, il f^i;it dire aussi quUls le^ opt changées en mieux. Tout le monde admirait ies paroles que Sancho avait tlites à la duchesse , et on rie savait où il en avait pu tant apprendre. Quand on l'en louait depuis, avec étonnement^ il disait que la lecture.