‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 5)Chapitre 29 sur 216 · PARTIE ra, LIV. I, CHAP. VIII. Sg · texte numérisé non relu

PARTIE ra, LIV. I, CHAP. VIII. Sg

et que rien ne combattait sa passion que la fidélité qu'il arait vouée à la duchesse , chez qui il avait été si bien reçu , comme on Fa vu dans la troisième partie de Phistoîre ; mais qu'il songeait en liâHtnéme à les servir et les aimer toutes deux, de manière quHÏ ne leur donnerait point de jalousie, Puis il ajoute , qu'en regardant la bourse et les écus,.il s'écria avec une espèce d'enthousiasme : Ce n'est pas vous , incomparable duchesse , qui m'animez si fort contre les femmes ; plât.au Créateur de l'univers qu'elles fussent tentes comme vous ; que les arbres^ les herbes et les .grains de sable fussent des Dorothées , et que tout le reste fût des Sanchos Panças pour les «erfîr T Fuyez d'ici les Genèvres , les Médâsimes ; vous n'êtes Ijue des gouvernantes auprèsHie toa duchesse. Ensuite de cet ekceMçnt discours, serrant la bourse dans ses chausses, et rattachant avec ses cordons : Tu n'en tftteras pals que ^ttne dent, iôrîa-t-il, Thérèse; et s'il fa^t qu0 les écus d'or se convertissent en vîA, je te donne parole de loyal écuyer qu'A ne te pôrfera poitit à la tét<|i '

Il se leva le lendemain de grand matin , et trouva don Quichotte à Téglise ; et étant sorti ^Srec lui pour se promener sur le bord d'un ruisseau , qui fait tin des plus beaux endroits de la Manche , il lui dit : Or çà , monseigneur , il faut

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chasser le loup hors du bois ; mais est-il permis de parler franchement. Dis tout ce que tu voudras, répondit don Quichotte. A la bonne heure, dit Sancho;, si vous n'êtçs pas de mon avis, quitte pour n*en parler jamais ; écoute^ donc attentivement. J'écoute» dit don Quichotte.^Mais au moins vous ne vouç fâcherez pas ? je^ vous demande votre parole. Et non , non , repartit don Quichotte; cesse de me conjurer, mon ami, comme tu as accoutumé de faire, et, s'il se peut, point de proverbes. Pour des proverbes , dit Sançho, je vous en réponds^ qui donnt co qu'il a, donne autanj: qu'un autre ; on. ne saurait tirer ji'un sac ce qu'on y amis. Courage, t'y voilà déjà , dit don Quichotte. Oh. bie« , monsieur, entrpns en danse , répliqua Sagacho. Il y a longtemps que vojus avez envie de me faire chevalier errant ,; çt que vqus me dites toujours que- ce doit^tre le but d'un éc;uyer, et la plus grahde gloire qu'il puisse espés^ en ce mglide et en l'aatre. Je wi'eu, suis défendu, tant que j'^i p« • premièrement, parce que je ne suis point glorieux', ni personne d# ïi\j race , qupiquè pourtant des vieux chrétiens ; secondement, parce que je vois bien que le métier.n'est pas sans péril, et qu'on y attrappe plus de horions <jue de pisto*^ les ; troisièmement, parce que je ne sais ni noble, ni riche , ni vaillant , et que cela parsut né|G^-

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saire. Mais j'ai déjà considéré qu'il est temps que je m'adonne à quelque métier, et que si j-attends plus tard , je ne serai propre à rien qu'à vivre de mes rentes , et ma pauvre famille en pâtira. Si j'avais su du latin , j'aurais bien mieux aimé être archevêque, quitte pour laisser là ma femme, ou la garder pour être ma gouvernante , et son fils pour mon laquais ; mais enfin qui ne peut ne peut , puisqu'il y a des lois , il faut les suivre ; j'ai aussi passé et repassé dans ma tête qu'avec beaucoup de bruit et un petit de finesse , on ne laisse pas de passer pour brave , et qu'il n'y a si chétif qui ne trouve encore pis que lui. J'ai songé que pour la fatigue, j'y suis déjà fait, Dieu merci à vous; je me passe de boire et de manger quand je n'en ai point ; je dors sur l'herbe , et plût à Dieu de n'être jamais pis ! et puis un bon joiir et une bonne nuit chez quelque duc ou quelque roi , on se récompense de quinze mauvais jours. A cette heure, le métier me charme , parce qu'on va à cheval , et qu'on ne paie rien dans les hôtelleries; au moins n'est-ce pas la bourse qui en pâtit , et qui a bon dos , porte bien la charge. Je dis donc ^ monseigneur, que si votre seigneurie me veut donner caution Contre les enchan-' teurs et la berne, je ^rai chevalier errant quand vous voudrez, a condition aussi que, pour la première année, vous ne m'abandonnerez pas

d'un pas , afin de m'instruire et de mie défendre dans le^ occasions.

Sancho , s'écria don Quichotte plein de joie, je m'étais toujours bien douté que mes leçons ne pouvaient manquer de faire un boa effet dans un esprit aussi bon que le tien ; je n'attendais pas moins de ta docilité et de ton bon naturel , qui te tourne toujours du côté le plus raisonnse ble : nous verrons demain , mon fils , à prendre nos mesures pour t'enrôler sous les glorieux étendards dç la milice errante; cependc^nt.il est à propos de te donner quelques instructions pour t'apprendre à marcher dans uaç si noble mais si glissante carrière. Ecoute: la gloire qu'on acquiert dans la chevalerie , n'est pas çettç sorte de gloire dont la plupart ^es gens sont bouffis ; ce n'est pas cette vanité qui nous fait mépriser les autres , en nous remplissant d'estime pour nous-mêmes, c'est un noble orgueil qui nous porte à toutes les actions vertueusefe j qui nous élève l'âme et nous aiguillonne incessamment à acquérir de la réputation, une généreuse envie de surpasser tous les autres par dies actions di^ tinguées ; pour le péril, s'il n'y ea avait point ,, il n'y aurait point de gloire. A propos de gloire, mon enfant, je ne t'ai jamais dit que ce soit la plus grande gloire qu'on puisse espérer dans Tautre monde , mais seulement que c'est un degré

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