PARTIE m, LIV. I, CHAP. X
Dieu, en servant la religion, protégeant les veuves et les orphelins , prenant la défense des affligés, et poursuivant la tyrannie? Et pardi cela s'entend , répondit Sancho , et à bon entendeur, salut. Ne promettez-vous pas, répondit don Quichotte, d'être fidèle à l'église, à Tétat, à Tordre de la chevalerie ? Quand je ne le promettrais pas , répondit Sancho , n'y suis*-je pas engagé, et ne me le ferait-on pas bien faire par force? là où sont les rois , là sont les lois ; et là t>ù la chèvre est attachée il faut qu'elle broute. Ne promettez-vous pas, demanda don Quichotte, d'accomplir en tout et partout le devoir à quoi vous oblige Tordre , d'en suivre les statuts, d'en révérer les maximes, et de renoncer à toutes choses plutôt qu'à la profession que vous allez embrasser? Je ne connais point tous ces devoirs, répondit Sancho ; mais je m'y oblige sur votre parole : qui a terme ne doit rien ; pour les statuts , je ne sais ce que c'est ; s'ils ne vont pas plus vite que moi, je tâcherai de les attraper; mais qui va pas à pas dans le droit chemin , va phis vite quç celui qui court et qui s'en écarte : pour vos Madasimes , je n'en ai jamais vu , et ne les connais ni à robe ni à drap, si ce n'est une Madasime dont vous m'avez autrefois parlé ; mais je m'en rapporte à vous , et gré de maître vaut mieux que besogne faite : pour ce qui est de re-
noncerà tout, plutôt qu'à la profession que vous dites, ma foi, monsieur, je n'irai pas renoncera l'église , ni à ma femme, ni à mes enfans, non plus qu'à mon profit, car la charité commence par soi-même , et ce que j'ai dans ma main vaut mieux pour moi que ce qui est dehors ; et si je ne croyais pas trouver mon profit, je ne pense pas que je m'y allasse fourrer : est bien fou qui s'oublie, et ce n'est pas pour se brûler qu'on met les doigts dans la sauce. C'est assez, dit don Quichotte , metsr-toi en prière et achevons. J'eit meurs d'envie , répondit Sancho qui s'ennuyait; allons, aussi bien les mains me démangent, je voudrais déjà être en campagne. Il marmota quelque chose , et don Quichotte voulant tirer son épéc pour lui donner un coup sur l'épaule , selon la cérémonie de faire les chevaliers, il trouva qu'elle tenait au fourreau : il tira de force deux ou trois fois , et pendant qu'il faisait ses efforts, Sancho né sachant ce qui pouvait l'arrêter , tourna la tête pour voir ce que c'était ; il fut si malheureux que dans ce temps -là que don Quichotte achevait de tirer son épée,. et dans l'effort qu'il fit, et dont il ne fut pas le maître, il en donna un grand coup par les mâchoires du pauvre Sancho, qui commença à verser. un ruis^ seau de sang par le nez et par la bouche. Âh ! mort nom diable , s'écria Sancho, je suis mort!