PARTIE III, LIV. I, CHÂP. XVIII. l5l
fiant sa mauvaise fortune de tout- ce qu'elle lui faisait souffrir. Combien de temps encore! s'écriait-il ; mes ipalheurs n'ont-ils point de terme ? et ne suisr-je né que pour me voir accablé de disgrâces! O belle Oriane , n'êtes-vous point satisfaite de msi pénitence , et est-il possible que les divinités portent la colère si loin ? U i^e croyait Amadis djins cette profonde rêverie , et il se réveilla au bruit que faisait un cavalier , qui venait vers lui avec un fusil sur les arçons. Il monte vite sur Rossinante, embrasse son écu, et la lance au poing , il court vite se camper au milieu du chemin. Le chevalier n'était plus qu'à dix pas de lui, et il vit fort aisément qu'il était bien monté , assez bien vêtu , mais qu'il avait la mine un peu farouche ; il ne douta point que ce ne fût une aventure , et il lui jcria d'un ton impérieux,: Arrête, chevalier! l'autre retint la bride. Quel dessein peux-tu avoir , coutinua don Quichotte , d'être si matin en campagne avec des armes à feu? Le cavalier, comme interdit, ne savait que répondre , ni qui pouvait être l'homme qui lui parlait de la sorte ; et don Quichotte auguraiE^t mal de son silence : Tu m'as bien k mine , dit-il, d'écumer les grands chemins, et moi, je t'apprends que Dieu m'a fait naître pour châtier les gens de pareille trempe ; mais pour ne te point surprendrç , quoique j'en puisse user autrement ,
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prends du champ ce que tu voudras , et voyons qui a meilleure cause.
En disant cela, don Quichotte se roidissant sur les étriers, caracola, et revenant sur son adversaire , sans prendre garde qu'il n'avait pas bougé de sa place, il lui porta un coup de lance , qui transperça de part en part sa casaque , et le heurta si fort de son cheval ^ en passant, qu^il le renversa sur la croupe. Le cheval du cavalier , épouvanté du choc , fit cinq Ou six ruades, et jetant son maître par terre , le fusil se débandant , il s'enfuit à toute bri^e. Don Quichotte crut qu'il l'avait tiré , et comme il avait toujours été ennemi des armes à feu, qu'il regardait comme une invention diabolique et indigne de la franchise des chevaliers , il songeait en lui-même à sortir du chemin, de crainte que l'eiyniemi, venant à ^charger, ^^e triomphât de lui; n:iftis ne se sentant point blessé , il retourne sur le chevalier avec une furie digne de la fierté de Rodomont^ et la pointe de la lance à la gorge : Tu périras, lâche, lui cria-t-il, je ne me trompe point en te prenant pour un voleur; indigne canaille , vous n'avez de la résolution que pour attaquera votre avantage. Le cavalier était étendu par terre tout en un monceau , mourant de peur, et se croyant effectivement blessé à mort , du coup de lance et du coup de fusil. Mais comme