PARTIE m, LIV. I, CHAP. XX l8l
Il prit donc le chemin tout opposé ; mais s'a* percevant, après une demi-heure de marche ^ que c'était celui de son village , et qu'il pourrait trouver quelqu'un de connaissance, il tourna vîte sur la droite, et coupa dans un bois, enfilant une grande route qui avait toute la mirie d'être sujette aux aventures ; il n'y trouva pourtant rien que quelques lapins , qui retournaient dans leurs terriers, et des'' ciseaux qui gazouillaient au haut des arbres. Touché de leur chant et de la beauté du lieu , cela rappela dans son imagination ses pensées amoureuses ; et tout à cheval il se mit à faire des vers pendant que Rossinante , profitant de la rêverie de son madtre , qui lui laissait la bride entière, s'amusait h paître quelques brins d'herbe. Il fit, ces stances, qu'il écrivit avec un clou sur une ardoise , y mettant son nom et celui de Dulcinée ; et c'est ce qui fait qu'on trouva une ardedse, qu'il avait perdue^ après l'avoir portée quelque temps sur lui.
Petits oiseaax, que .^oas êtes heureux,
Et qae mon sort est différent du vôtre 1 Dans ce riant séjour, loin des traits dangereux, Hors les soins du plaisir vous n'en avez point d'autre.
Hélas 1 tous les miens sont fâcheux, Et je ne sens jamais que des traits rigoureux.
Goûtez en paix , et chantez vos plaisirs ,
Je vais souffrir des rigueurs invincibles ,
l82 DON QUICHOTTE.
Peadant qoe yous tobantez , potuses mille soupirs ;
Eilas 1 petiu oiseaux, si toqs êtes senaibles,
Plaignez par de tristes accens , Plaignez avecqne moi les peines que je senp.
Après avoir fait ces vers, dont il fut content, il y fit un air qui n'est pas venu jusqu'à nous, et il se mit à chanter, invitant les faunes, les sylvains, les hamadryades et les nymphes, à jprendre part à son deuil. ToiSt cela était encore*au lit , ku moins n'en parui^^il pas un , et il fut contraint de s'adresser à la triste Écho, dont aussi bien le nom convenait mieux à l'état où il se croyait. Aimable Écho , lui dit-il , confidente des peines amoureuses! et il continua en vers qu'il fit surle-champ , ce qu'on n'aura pas de peine à croire :
Tu me vois abîmé dans un terrible gouffre , D'ennui, de douleur, de tourment , Donne-moi du eooiagement ;^ 1 Gomment puip- je sortir des peines que je sou0re f . . . •
souffre.
Quoi ! depuis si long-temps je suis dans la souffrance.
Et tu m'ordonnes de souffrir :
J'ai trop souffert, je vais mourir.
Si de meilleurs conseils tu n'ouyres l'abondance. . • .
dante.
Ah si, charmante Écho i tu f$ds trop la plaisante , Bien loin d'avoir pitî^ de i|»oi ; Songe à mes maux et r«pfns-toi« . . . ,'
pendfztçi*