‹ Histoire de Don Quichotte de la MancheChapitre 130 sur 310 · II · texte numérisé non relu

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chevalier des Lions baise les mains de sa grande beauté, et que, si sa grandeur le permet, j'irai les baiser moi-même et la servir en tout ce que son altesse ordonnera, et autant que mes forces me le permettront. Prends bien garde, Sancbo, à ta manière de t'exprimcr, et ne va pas t'aviser d'enchâsser quelque proverbe à ta mode dans ton ambassade. Vous avez bien trouvé ï'encbàsseur, répondit Sancbo : c'est bien à moi qu'il faut dire cela ; ce n'est pas la première fois de ma vie que j'ai fait des ambassades à de bautes et puissantes dames. Si ce n'est lorsque tu fus trouver madame Dulcinée, reprit Don Quichotte, je ne sache pas que tu aies fait d'autres ambassades, du moins depuis que tu m'appartiens. — 11 est vrai, répondit Sancho ; mais un bon payeur ne craint, point de donner des gages, et, dans une maison bien fournie, le souper est bientôt prêt : je veux dire qu'il n'est pas besoin de me faire la leçon et de m'avertir de rien, parce que de tout et pour tout je sais un peu. —Je le crois, Sancho : va donc à la bonne heure, et Dieu te conduise. Sancho part rapidement, pressant le pas de son àne, et arrive à l'endroit où était la belle chasseresse ; il met pied à terre, lléchit le genou, et lui dit : Belle dame, ce chevalier que vous voyez là-bas, et qu'on appelle le chevalier des Lions, est mon maître, et moi je suis son écuyer, nommé, dans sa maison, Sancho Pança. Ce chevalier des Lions, qu'on appelait, il n'y a pas longtemps, le chevalier de la Triste Figure, m'envoie dire à votre grandeur qu'il lui plaise lui donner la permission que, sous son bon plaisir, congé et consentement, il vienne satisfaire son désir, qui n'est autre, comme il le ditet comme je le pense, que de servir votre excellente fauconnerie et beauté; en l'accordant, votre seigneurie fera une chose qui tournera à son prolit, et lui, en recevra une grâce et un contentement très signalés. Certes, bon écuyer, répondit la dame, vous avez rempli votre message avec toutes les circonstances qu'exigent de pareilles ambassades. Levez-vous: il n'est pas juste de laisser à genoux Técuyer d'un aussi grand chevalier que celui de la Triste Figure, que nous connaissons déjà beaucoup ; levezvous, mon ami : dites à votre maître qu'il sera le bienvenu auprès de moi et du duc mon mari, s'il veut se rendre à une maison de plaisance que nous avons ici.

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