‹ Histoire de Don Quichotte de la MancheChapitre 132 sur 310 · PARTIE II. CHAPITRE XXXI. 2CD · texte numérisé non relu

PARTIE II. CHAPITRE XXXI. 2CD

Cinée. Don Quichotte, se retournant vers la duchesse : Madame, dit-il, il faut que votre grandeur se persuade que jamais au monde chevalier errant n'eut un écuyer plus bavard et plus plaisant que le mien : vous en jugerez aisément si votre altesse me permet de lui consacrer mes services pendant quelques jours. Si le bon Sancho est plaisant, répondit la duchesse, je ïen estime davantage, c'est preuve qu'il a de l'esprit; la grâce et les bonnes plaisanteries, vous le savez, seigneur Don Quichotte, ne se rencontrent point dans un esprit lourd, et puisque le bon Sancho est amusant et facétieux, de ce moment je le tiens pour homme d'esprit. Et grand parleur, ajouta Don Quichotte. Tant mieux, dit le duc, car un grand nombre de choses heureuses ne peut pas se dire en peu de paroles. Mais afin que nous aussi, nous ne passions pas le temps en paroles, venez, illustre chevalier de la Triste Figure.... Des Lions, doit dire votre altesse, interrompit Sancho ; il n'y a plus de Triste Figure. Soit, chevalier des Lions, reprit le duc: venez donc, seigneur chevalier des Lions, dans mon château, qui est ici près ; nous vous y ferons l'accueil que l'on doit à une aussi haute personne, et que la duchesse et moi faisons à tous les chevaliers errants qui viennent nous visiter. Déjà Sancho avait bien redressé et sanglé la selle de Rossinante, Don Quichotte monta dessus, le duc sur un beau cheval, ils mirent entre eux deux la duchesse, et prirent le chemin du château. La duchesse ordonna à Sancho de marcher près d'elle, parce qu'elle s'amusait beaucoup de ses saillies. Sancho ne se fit pas prier : il se mêla parmi eux, et fit le quatrième dans la conversation, au grand plaisir du duc et de la duchesse, qui se faisaient une fête de recevoir, dans leur château, un tel chevalier errant et un tel écuyer.

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