CHAPITRE LUI
De la lin pénible qu'eut le gouvernement de Sancho.
Penser qu'en cette vie les choses doivent demeurer toujours dans le même état, c'est croire l'impossible. Au contraire, on dirait que tout s'y succède en rond, c'est-à-dire à la ronde. Au printemps succède l'été, à l'été l'automne, à l'automne l'hiver, après lequel revient le printemps. Ainsi le temps tourne sans cesse, comme une roue en mouvement. La vie humaine seule court à sa fin, plus légère que le temps même, sans espoir de se renouveler, si ce n'est dans l'autre vie, qui n'a point de limites. Ainsi parle Cid Ilamet, philosophe mahométan. Sur ce fait de l'instabilité, de la légèreté de cette vie et de la durée de lit vie éternelle que nous attendons, beaucoup sans le secours de la foi l'ont reconnu, guidés seulement par la lumière naturelle. Notre auteur en fait ici la remarque à cause de la promptitude avec laquelle se termina, se détruisit, se consuma, s'évanouit comme une ombre et une fumée le gouvernement de Sancho.
La septième nuit de son administration, il était dans son lit, non rassasié de pain ni de vin, mais bien de juger, de donner des décisions, de faire des ordonnances, de-; statuts. Le sommeil, en dépit de la faim, commençait à lui fermer les paupières, lorsqu'il entendit un bruit de cloches et de voix si terrible, qu'on eût dit que toute l'île s'abimait : il se mit sur son séant, ei prêta l'oreille pour essayôrde deviner la noise de tout ce tumulte. Non seulement il ne devina point, mais le bruit des trompettes et des tambours, venant se mêler aux cris et au son des cloches, il sentit augmenter son trouble. Il se leva rempli de frayeur el d'épouvante, mit des pantoufles à eau