‹ Histoire de Don Quichotte de la MancheChapitre 284 sur 310 · PARTIE II. CHAPITRE LXV1I. 4M · texte numérisé non relu

PARTIE II. CHAPITRE LXV1I. 4M

frappées l'une contre l'autre par le côté creux donnent un son qui, sans être harmonieux ni très agréable, ne déplaît pas, et s'accorde bien avec la rusticité de la cornemuse et du tambourin. Le nom d'albogues est maure comme tous ceux qui, dans notre castillan, commencent par al, tels que almohaza \ almorzar 2, alhombra 3 alguacil *, alhuzema s, almacen 6, alcancia7, et autres semblables, car il doit en exister un peu plus. Notre langue possède seulement trois mots mauresques terminés en i; savoir : borcegui*, zaquizami9 et maravedi*0. Pour alheli " et alfaqui ,2, 17 final et Val initial font connaître que ces mots sont arabes. Je te dis cela en passant, parce que ce mot d'albogues me Ta remis en mémoire. Quant au métier de berger, ce qui nous aidera beaucoup à le faire en perfection est que je suis un peu poëte, comme tu le sais, et que Samson Carrasco l'est au suprême degré. Je ne dis rien du curé, mais je crois bien qu'il en tient un peu; quant à maître Nicolas, je n'en doute pas, car tous les barbiers jouent de la guitare et font des couplets. Je chanterai les tourments de l'absence; toi, tu célébreras la constance en amour: Carrascon se plaindra d'être dédaigné, le curé Curiambro de ce qui lui conviendra; ainsi tout ira à merveille. Ah ! seigneur, dit Sancho, je suis si malheureux que je crains bien de ne pas voir le jour où je me livrerai à ce genre de vie. Oh ! que de jolies cuillères de bois je ferai quand je serai berger ; quedemigas ,s, de crème, de guirlandes, de bagatelles pastorales! si elles ne m'acquièrent pas la re-

l Étrille.

5 Déjeuner. Pellicer le dérive de mordeo, je mords. 8 Tapis.

* Homme de justice. Probablement formé du verbe guctt'er, défendre, garder, secourir.

5 Lavande.

"' Tire-lire, boule creuse,

8 Brodequin, d'où borceguineria, lieu où l'on en fait ou vend.

9 Grenier, galetas.

10 Maravédis, monnaie qui vaut la 34» partie du réal.

11 Giroflier.

11 C'est le fakir, dévot maliométan.

M Migas. Ragoût fait avec de la mie de pain, du gain-doux, de l'ail, du piment, de l'huile, etc,

■i.Vt DON QUICHOTTE.

nommée de sage, elles me feront au moins passer pour ingénieux. Ma fille Sanchica nous apportera à manger dans la ber- • geiie. Mais prenons garde; elle est d'assez bon air, et il y a des bergers plus malicieux que simples ; je ne voudrais pas qu'elle vint chercherde la laine, et s'en retournât tondue L'amour et les mauvais désirs existent aussi bien aux champs qu'à la ville, dans les chaumières des bergers que dans le palais des rois. Mais ùtez la cause vous ôtez le péché. Quand l'œil ne voit rien le cœur ne s'égare pas. Mieux vaut le saut du buisson que la prière des gens de bien. Ami Sancho, dit Don Quichotte, assez de proverbes. Un seul de ceux que tu viens de dire suffit pour expliquer ta pensée. Je t'ai déjà conseillé bien des fois de n'en être pas si prodigue et de te retenir quand tu les dis; mais c'est prêcher dans le désert. Ma mère me châtie, je fouette ma toupie. Seigneur, répondit Sancho, il me semble que vous être ici dans le cas de la poêle disant au chaudron : Va-t'en de là, œil noir. Vous me reprochez de dire des proverbes, et vous les enfilez deux à deux. Sancho, répondit Don Quichotte, j'amène les proverbes à propos quand je les dis, ils s'ajustent comme une bague au doigt ; mais toi, tu les tires si fort par les cheveux que tu les traînes et ne les amènes pas. Si je m'en souviens bien, je t'ai déjà dit que les proverbes sont des sentences concises, tirées de l'expérience et des observations des sages du temps passé. Celui qui ne vient pas à propos est plutôt une absurdité qu'une sentence. Mais laissons cela, la nuit vient; éloignons-nous un peu du grand chemin, et choisissons un endroit commode pour y passer la nuit. Dieu sait ce qu'il nous réserve pour demain. Ils s'écartèrent, soupèrent tard et mal, au grand déplaisir de Sancho, qui se représentait le dénùment de la chevalerie errante au milieu des bois et des montagnes, si de temps en temps l'abondance l'accueille dans les châteaux et les maisons comme celle de don Diego de Miranda, comme aux noces du riche Camache, et chez don Antonio Rforeno. Cependant il considérai! qu'il ne peut toujours être joui ni toujours nuit ; il passa donc celle-ci à dormir, et son maître à veiller.

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