PARTIE II. CHAPITRE LXII
si tu préfères que ce soit sous un toit ou à ciel découvert? Par Dieu, seigneur, pour les coups que je pense me donner, autant vaut que ce soit dans une maison qu'en plein champ. Cependant, j'aimerais mieux que ce lût sous des arbres; il me semble qu'ils me font compagnie et m'aident merveilleusement à supporter mon mal. Non, ami Sancho, il n'en sera pas ainsi ; pour te laisser reprendre des forces, il faut réserver cela pour notre village, où nous arriverons au plus tard après demain. — Comme il vous plaira, seigneur; j'aimerais pourtant mieux finir au plus tôt pendant que je suis échauffé, et que la meule est en train. C'est souvent dans le retard qu'est le danger. Tout en priant Dieu, il faut frapper du maillet. Mieux vaut un prends que deux tu l'auras. Le moineau dans la main vaut mieux que le vautour qui vole. Au nom de Dieu, Sancho, plus de proverbes : on dirait que tu retournes au sicut erat. Parle clairement, simplement, sans figure, comme je te l'ai dit souvent, tu verras qu'un pain t'en rendra cent. Je ne sais quel est mon malheur, répondit Sancho, mais je ne puis avancer une raison sans proverbe, ni un proverbe qui ne me semble une raison ; mais je me corrigerai si je le peux. Ainsi finit pour cette fois leur conversation.