‹ Histoire de Don Quichotte de la MancheChapitre 83 sur 310 · partie: II. CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

partie: II. CHAPITRE XIX

gnage donné ensuite par écrit par l'un des deux paysans, qui était greffier et qui alla le ramasser : ce témoignage a prouvé et prouve qu'il est bien vrai que la force est vaincue par l'art. Corchuelo s'assit harassé. Sancho s'approcha de lui, et lui dit : Ma foi, seigneur bachelier, si vous voulez m'en croire, dorénavant ne provoquez personne à l'escrime, mais bien à la lutte ou à jeter la barre, car vous êtes d'âge et de force pour ces exercices; mais, pour les tireurs d'armes, j'ai ouï dire qu'ils mettaient la pointe de leur épée dans le trou d'une aiguille. Je suis content, dit Corchuelo, d'avoir reconnu mon erreur, et que l'expérience m'ait prouvé combien j'étais loin de la vérité. En même temps il se leva, courut embrasser le licencié, et ils furent plus amis que jamais. Puis, sans attendre le greffier, qui était allé chercher l'épée, ce qui, à leur avis, les eût trop retardés, ils prirent le parti de poursuivre leur route pour arriver de bonne heure au village de Quiterie, d'où ils étaient tous. Pendant le reste du chemin, le licencié les entretint de l'excellence de l'escrime, avec des raisons si palpables et tant de démonstrations mathématiques, que tous ceux qui l'écoutaient furent convaincus de l'utilité de cette science, et Corchuelo ramené de son opiniâtreté.

La nuit était venue , cependant, avant qu'ils arrivassent ; il leur sembla voir au-devant du village un ciel resplendissant d'innombrables étoiles. Ils entendirent en même temps les sons doux et confus d'une multitude d'instrumenis, tels que flûtes, tambourins, psaltérions, chalumeaux, tambours de basque et sonnettes. En approchant davantage, ils virent que les arbres d'une ramée élevée à l'entrée du village étaient tous garnis de luminaires, auxquels le vent ne nuisait nullement, car il était si doux qu'a peine avait-il la force d'agiter les feuilles. Les musiciens étaient chargés d'animer la noce : divers quadrilles étaient formés dans cet agréable séjour, les uns dansant, les autres chantant, d'autres touchant des instruments. Partout régnait le plaisir, le mouvement et les sauts de la joie ; d'autres étaient occupés à dresser des échafauds, d'où, le lendemain, ils pussent voir commodément les danses et les jeux qui devaient avoir lieu dans cet endroit consacré à célébrer les noces du riche Camache et les funérailles de Basile. Don Quichotte

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