‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 100 sur 278 · PARTIE I. CHAPITRE XXIL · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRE XXIL

et Tarquebuse, syusta tantôt Tua, tantôt Tautre, sans tirer pourtant , tellement que, tant pour évit^ Parme que les pierres lancées par les autres galériens , les gardes prjrent la fuite et quittèrent le champ de bataille. Sandio ne fût pas content de cette aventure, parcequ'il ne douta point cpie les fuyards n'allassent informer du fait la sainte hermandad, laquelle, au son des cloches, se mettrait à la recherche des coupables. 11 le dit à son maître, rengageant à quitter le chemin, et à se retirer dans la montagne dont ils étaient près. (Test bon, dit Don Quyote; mais , je skis ce qu'il conyient de faire. Appelant en même temps lès forçats, qui, tout en désordre, venaient de dépouiller le commissaire, et Tavaient mis tout nu, ils se rangèrent autour de lui pour savoir ce qu'il leur voulait. Il appartient aux gens bien oés , leur dit-il , de reconnaître les bienfaits , et l'ingratitude est de tous les vices le plus coupable aux yeux de Dieu. Vous voyez, seigneurs, ce que ge viens de faire pour vous : je vous demande en reconnaissance , et telle est ma volonté, que chargés de cette chaîne que je vous ai ôtée, vous alliez dans la cité du Toboso, vous présenter devant madame Dulcinée, lui dire que c'est son esclave!' le chevalier de la Triste Figure, qui vous envoie vers elle et que vous lui racontiez mot pour mot tout ce qui s'est passé dans cette grande aventure, jusquâ votre mise ^n liberté. Après cela , vous pourrez aller partout où vous voudrez. Ginès de Pasamonte répondit pour toas , et dit : Ce que vous nous ordonnez, seigneur chevalier, notre libérateur, nous est impossible, de toute impossibilité; car nous ne pouvons nous montrer tous ensemble dans les chemins : il ftut^ au contraire, que nous allions seuls, chacun de son côté, tâchant de nous cacher dans les entrailles de la terre, pour ne point tomber entre les mains de la sainte hermandad , qui ne man-^ quera pas de nous poursuivre. Ce que votre seigneurie peut faire, et ce qui est juste, c'est de convertir cette obligation envers la dame Dulcinée du Toboso en une certaine quantité A' Ave Maria et de Credo que nous dirons en votre intention : c'est une chose que nous pourrons accomplir de nuit et de jour,

en fuite ou en repos ^ en paix ou en guerre ; mdis de penser que nous voulions retourner aux marmites d'Egypte, je veux dire reprendre notre chaîne , et nous mettre en chemin pour le Toboso , c'est vouloir quMl soit nuit maintenaut quoiqu'il ne soit pas dix heures du matin. Une pareille demai\de à nous, c'est demander des poires à un orme. Par la mort, dit Don Quijote enflammé de colère , don fils de catin , don Ginesillo de Parapilla, ou quel que sftit votre nom, vous irez tout seul, traînant avec vous toute la chaîne. Pasamonte, qui n'était pas endurant , et était d^a persuadé du peu de raison de Don Quijote , après l'action qu'il venait de fidre de les remettre en liberté, ne put souHrir de se voir ainsi traiter : n fit un signe à ses compagnons , qui s'écartant aussitôt les uns des autres , firent pleuvoir sur Don Quijote une telle grêle de pierres , qu'il ne pouvait suffire à se couvrir de son écn, et le pauvre Rossinante ne sentait pas plus l'éperon que s'Q eût été de bronze. Sancho se mit derrière son àne, et s'en fit un rempart contre l'orage qui fondait sur eux. Don Quijote ne se put si bien garantir qu'il n'attrapât dans le corps quatre ou cinq cailloux qui le jetèrent par terre. L'écolier fondit aussitôt sur lui; et, lui prenant le bassin, lui en donna trois ou quatre coups sur les épaules, le frappa autant de fois contre terre, et le jnit presque en pièces. Les forçats lui prirent une casaque ^ qu'il portait par-dessus ses armes, et lui auraient ôté ses bas-de-chausses si les grèves ne les en eussent empêchés. Us emportèrent aussi le manteau de Sancho, et le laissant nu, ils partagèrent entre eux les dépouilles du combat ; chacun^nsuite s'en alla de son côté, avec plus de soin d'éviter ]a sainte hermandad que de reprendre la chaîne et d'aller se présenter à madame Dulcinée du Toboso. L'àue et Rossinante, Sancho et Don Quijote, demeurèrent seuls sur le champ de bataille; l'âne la tète basse, pensif et secouant parfois les oreilles , croyant sans doute que la pluie de cailloux durait encore; Rossinante, atteint aussi d'une volée de pierres , étendu près de son maître; Sancho nu et redoutant la sainte

> Ropitia ( roupille , sorte de manteau court }.

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