‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 11 sur 278 · PARTIE I. CHAPITRE IL MS · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRE IL MS

rizon de la Manche, quand le fameux chevalier Don Quijote, quittant la plume paresseuse, monta sur son excellât cheval Rossinante, et commença è parcourir Fancienne et renommée campagne de MoDtiel (c'était en •effet là qu'il se trouvait alors). Heureux âge, ajouta-t*il, siècle fortuné, qui verra mettre eu lumière mes grandes et incomparables actions,- dignes d'être gravées sur le bronze, taillées dans le marbre, retracées sur la toile, pout^en porter la mémoire 'dans FavenirîO toi! sage enchanteur, qui que tu^sois, qui auras l'avantage d'être l'historien de cette étonnante histoire, qu'il te souvienne, je t'en prie, de mon fidèle Rossinante, perpétuel compagnon de toutes mes aventures! Puis, changeant de sujet, et, comme s'il eût été véritablement amoureux ! O princesse Dulcinée! s*écriait-il, souveraine de ce cœur esclave, vous m'avez accablé d'une grande peine en me bannissant de votre présence, et en m'ordonnant avec tant de rigueur de ne me, présenter jamais 1. devant votre beauté! Qi]i'U vous plaise, dame de mes pensées, Jf de vous souvenir de ce cœur qu^ vous est soumis et qui soufRrtf tant de tourments pour être digne de votre amour !

n continuait ainsi, multipliant ses folles pensées dans la forme que lui avaient enseignée ses livres, dontil imitait de son mieux le langage; il avançait toujours tandis que le soleil, accâérant sa course, dardait avec une telle violence quUl n'en eût pas fallu davantage pour lui' fondre la cervelle , s'il lui en fût resté. Il marcha presque tout ce jour-là, ^luis qu'il lui arrivât rien qui fût £gne d'être raconté ; il s'en désespérait, tant il avait hâte de rencontrer l'occasiou d'éprouver la vigueur de son bras. Qudques auteurs prétendent que la première aventure qu'eut notre chevalier fut celle du port Lapice; d'autres assurent que ce fut ceUe des moulins à vent. Mais tout ce que j'ai pu découvrir sur ce sujet , et ce que j'ai trouvé dans les annales die la Manche, c'est qu'il marcha, tout le long du jour, et qu'à l'approche de la nuit son cheval et lui se trouvèrent épuisés de fotigue et demi-morts de faim. Cependant Don Qu\jote, regardant de tous côtés s'il ne découvrirait point quelque châ-

teau ou quelque cabane (de bergers où il pût se reposer et trou* ver tout ce dont le besbin se faisait saitir, vit non loin du chemin une hôtellerie*, et 6e Ait comme s'il eût vu une étoile qui Feût conduit aux avenues sinon au s^our du saluU II pressa son cheval,- et y arriva comme.le jour finissait II y.avait par hasard sur la porte' deux jeunes créatures, de celles qu'on appelle femmes de bonne volonté ^ Elles allaient à SéviHe avec des muletiers, lesquds s'étaient résolus à s'arrêter en Fhôtellerie pour cette nuit. Goqpne tout ce que pensait, voyait ou imaginait notre aventurier lui paraissait confonqote k tout ce qu'il avait lu, il n'eut pas plutôt aperçu l'hôtâlerie, qu'il se la représenta com|ne un château, avec ses quatre tour^ et leur couronnement brillant d'argent, sans oublier lé pont-4evis, les fossés, et tout ce qiii entre dans la des.cription de ces sortes de châteaux. Il s'approcha de cette hôtellerie qui lui paraissait un château,^ et à quelques pas retint la bride à Rossinante, at- '^. tendant que quelque nain se montrât aux créneaux et sonnât ^ du cor pour avertir qu'il arrivait un chevalier; mais comme il vit que le nain tardait trop à paraître, et que Rossinante avait impatience d'être à l'écurie, il s'avança jusqu'à la porte, où il vit les deux jeunes filles dont nous avons parlé, qui lui parurent deux belles demoiselles ou gracieuses dames, se récréant devant la porte du château. Il arriva même fort à propos qu'un porcher qui rassemblait des potârceaux (il faut bi^ le$ nommer par leur nom) sonna deux ou trois fois de son cornet; c'est à ce signal qu'Us se réunissent. Don Quijote ne manqua pas de se persuader à l'instant, comme il l'avait désiré, que c'était un nain qui donnait avis de sa \mne. Aussitôt, avec une joie qu'on ne saurait exprimer, il s'approclui de la porté et des dalles; celles-ci, voyant un homme armé de la sorte, avec le bouclier et la lance, voulaient se retirer, saisies de frayeur, dans l'hôtellerie. Mais Don Quijote , jugeant de leur frayeur par leur fuite, haussa sa visière de cartpn, et, découvrant son sec et poudreux visage, leur dit d'une voix douce

-> Dtftcu que llitman dei pûrtide.

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