PARTIE I. CHAPITRE XXVI
actions d'Amadis , inspirez-moi par où je dois commencer à Fimiter. Je me rappelle bien que la prière fut ime de ses plus grandes occupations : qu'elle soit aussi la mi^me. Il se fit donc un rosaire d'une dizaine avec des noix enfilées. Ce qui le chagrinait It ]^, était de n'avoir pmnt là d'ermite pour se confesser et recevoir ses consolations. Il s^entretenait de ces pensées en se promenant dans le pré, écrivant sur le sable, gravant sur Fécorce des arbres des vers convenables à sa tristesse , et d'autres à la louange de Dulcinée ; les seuls qu'on ait trouvé entiers, ou que Fon pût lire, sont ceux qui suivent K
Arbres élevés, herbes verdoyantes, plantes nomblreuses qui embellissez cet asile, si vous ne vous réjouissez de mon malheur, soyez attentive mes plaintes; que ma douleur ne vous trouble pas, quelque terrible qu*elle soit; pour prix de Tasile que yous lui avez offert , ici Don Quijote pleura l'absenee de Dulcinée du Toboso.
C'est ici le lieu où le plus loyal amant s'est soustrait aux regards de sa dame , c'est ici qu'il est arrivé à ce déféré de douleur sans savoir comment ni pourquoi. L'amour l'a réduit en cet état dépîorable de confusion ; c'est ici, qu'à remplir un tonneau , Don Quijote a pleuré l'absence de Duksinée du
Toboso.
Cherchant les aventures au milieu des plus dors rochers, il maudit les infortunes dont il est la proie au sein de ces lieux sauvages et' hérissés. L'amour l'a frappé de la corde de son arc, et non de son doux bandeau, et pour avoir reçu ces atteintes sur la tète, ici Don Quijote a pleuré l'absence de Dulcinée du Toboso.
Cette addition du Toboso au nom de Dulcinée fit biep rire ceux qui lurent ces vers. Il semblait que Don Quijote eût craint qu'on ne les comprit pas s'il omettait ces mots; et telle aussi avait été sa pensée , comme il l'avoua depuis. Il en écrivit beaucoup d'autres ; mais , comme nous Favons dit , on ne pot recueillir bien eutières que ces trois stances. C'était ainsi qu'il occupait sa solitude , soupirant , appelant les faunes et les sylvains de ces bois , les nymphes des ruisseaux et la plaintive Écho, les oon-
^ Cette romanbe est de trois oooplets de. dix vers chacun , en rima croisées ; le refirainde chacun, est comme dans la traduction :
Augenciasde Dulcinea Del Toboso.
jurant de l'écouter, de lui répondre et de le c(m8(d(Qr. Il cher'chait ensuite des herbes pour se nourrir, jusqu'au retour de sod écuyer. Si, au lieu de revenir au bout de trois jours, il eût tardé (rois semaines, le chevalier de la Triste Figure aurait été si bien défiguré, que la mère qui Tengendra ne Ueùt f^ rCconnu. Mais laissons notre héros soupirer et faire des vers, et voyons ce qui advint à Sandio dans son ambassade.
Arrivé sur.le grand chemin, il se mi t à la recherche de la route du Toboso. Le jour suivant il arriva près de Thôtellerie où lui était advenue la di^pràçe de la berne. Il ne Teut pas plutôt reconnue, qu'il lui sembla se voir encore une fois en Fair, et il ne voulut point y entrer, quoiqu'il fût heure de le faire, c'est-àdire de dîner, et qu'il eût bien désiré manger quelque chose de chaud, depuis si longtemps qu'il n'avait rien mangé que de froid. Excité par te désir, il avança jusqu'auprès de l'hôtellerie, hésitant s'il entrerait ou nop, et pendant ce temps il en sortit deux hommes' qui le reconnurent aussitôt. L'un dit à l'autre : Seigneur licencié, cet homme à cheval n'est-il pas Sahcho Pança, celui que la gouvernante dit avoir suivi notre aventurier en qualité d'écuyer ? C'est lui-même, répondit le licencié, et voilà le cheval de Don Quijote. C'étaient justement le curé et le barbier de son village, ceux qui avaient fait la recherche et le sacrifice ^ de ses livres. Ayant achevé de reconnaître le cheval et le cavalier, ils s'en approchèrent, désirant avoir des nouvelles de Don Quijote; le curé appela Sancho par son nom, et lui dit : Ami Sancho, où avez- vous laissé votre maître? Sancho les reconnut aussitôt, et résolut de cacher le lieu et l'état où il avait laissé le chevalier. Il répondit donc que Don Quijote était en certain endroit, occupé de certaine affaire de grande importance , qu'il ne pouvait découvrir sur les yeux de sa tète. Non , non, Sancho, dit le barbier, si vous ne nous dites où vous l'avez laissé, nous croirons, et nous croyons, que vous l'avez tué et dérobé, puisque vous êtes monté sur son cheval. Rendez-nous le maître, ou craignez une mauvaise affaire. — Vous n'avez pas besoin d'user
' ytuto gênerai , l'acte solennel d'un auto da fe, acte de foi.