‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 124 sur 278 · PARTIE I. CHAPITRE XXVI. ,21S · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRE XXVI. ,21S

ferme, sans lie ni îlots , parcequ'il ne s'en souciait plus. Sancbo disait toutes ces choses avec tant de sang-^roid, se mouchant de fois à autre, et avec une folie si complète, que le curé et le barbier ne cessaient de s'étonner, considérant combien était forte la folie de Don Quijote, puisqu'elle avait entraîné avec elle Tesprit de ce pauvre homme. Ils ne voulurent point perdre de .temps à le désabuser, pensant que, puisqu'il n'y avait rien en tout cela qui fît tort à sa conscience, 11 valait mieux le laisser dans son opinion, sans compter que ce serait un grand plaisir pour eur d'entendre ses extravagances. Us lui dirent donc de prier Dieu pour la santé de son maître; que c'était une chose tout à fait facile, avec le temps, que de devenir empereur, ou pour lemoins archevêque, ou quelque autre chose de semblable. Seigneurs, répondit Sancho, si les affaires allaient de telle sorte que mon maître perdit l'envie de se faire empereur, pour devenu* archevêque, je voudrais savoir ce que les archevêques er^ rants donnent à leurs écuyers. Us ont coutume, dit le curé, dç leur donner quelque bénéfice Himple, une cure ou un office de sacristain qui leur rapporte un gros ^revenu, sans compter le casuei, que l'on estime pour le moins autant. Mais, pour cda, dit Sancho , il faut que l'écuyer ne soit pas marié, et qu'U sadh^ au moins répondre la messe. S'U est ainsi, malheureux que je suis ! j'ai une femme, et je ne connais pas seulement la première lettre de l'A B G. Que sera-ce de moi, si mon maître se va mettre .en tête de se faire archevêque et non empereur; comme c'est la coutume des chevaliers errants? Que cela ne vous inquiète pas, ami Sancho, dît le barbier, nous lui en parlerons, nous lui conseiUerons, lui en faisant même un cas de conscience, de.se faire empereur plutôt qu'archevêque : la chose lui sera même plus facile fàv il a plus de valeur que de science. Cest ce qu'il me semble aussi, dit Sancho; quoiqu'à vous dire le vrai je le croie propre à tout. Pour moi, je m'en vais prier Notrc-Seigneur de le diriger vers ce qui lui sera le plus convenable, et le plus capable de fournir de grandes récompenses. Vous parlez ea homme sage, dit le curé, et ce sera agir en bonehrétien. Ce qui

presse le plus à présent, c'est de tirer votre maître de cette inatile pénitence que vonsdito^jifOs^est imposée; pour priser à Jbi marcbe que nous devons sJdvre, aussi hiea que pour dîner, car il en est llieure, entrons dans lliôtellerie. Entrez-y, dit Sancfao; pour moi, j'attendrai ddKH^, et je vous dirai ensuite pourquoi je n'y veux pas «itrer ; mais , je vous prie, envoyezmoi quelque chose de chaud à manger, et de Forge pour Rossinante. Ils entrerait, et, peu de temps après, le barbier kî apporta à dîner ; puis , concertant ensemble les moyens de faire réussir leur dessein,le curé enconçut un très analogue à rhumeur de Don Quijote. J'ai pensé, dit-il au barbier, à me déguiser en demoiselle errante, et que vous vous arrai^ez le mieux que vous pourrez pour me servir d'écuyer. En cet état , je m'irai présenter devant Don Quijote, feignant d'être une demoiselle affligée qui cherche du secours, et je lui demanderai un don qu'il ne pourra refuser de m^octroyer, étant chevalier errant. Ce don sera de venir avec moi , pour me venger d'une injure que m'aura faite un méchant chevdîer, le suppliant en même temps de ne point exiger que je lève mon masque, et de ne me demander aucune autre chose , avant qu'il m'ait fait justice de ce méchant chevalier. Vous êtes assuré que Don Quijote fera tout ce qu'on voudra, en le prenant de la sorte : par ce moyen, nous le tirerons du lieu où il est , et le ramènerons chez lui, où nous verrons à loisir s'il n'y a point de remède à sa folie.

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