‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 130 sur 278 · PARTIE 1. CHAPITRE XXVIL · texte numérisé non relu

PARTIE 1. CHAPITRE XXVIL

pour cette raison que par suke d'autres obstacles qui se présentaient à moi. Don Femand me répondit qu'il se chargeait de parler à mon père, et de Tamener à voir celui de Lucinde. O perfide ami! plus ambitieux que Marius, plus cruel qiie Gatilina, plus criminel que Sylla, plus trompeur que Ganelon, pins traître que Vellido, plus vindicatif que Julien , plus avare que Judas! Monstre de cruauté, de trahison, de vengeance et de perfidie! quel déplaisir t'avait donné ce malheureux quand il te découvrit avec tant d'ingénuité les secrets et la félicité de son cœur? quelle offense t'avais-je faite? quelles paroles favaijhje dites? ou quels conseils t'avais-je donnés qui n^ussent pas pour objet ton honneur et tes intérêts? Mais pourtpioi me plaindre, malheureux? N'est-il pas certain que nos disgrâces, venant de la maligne influence des astres, descendent sur nous avec violence et fureur, et qu'il n'y a force sur terre qui puisse en arrêter la chute, ni industrie humaine qui les sache prévenir ! Qui jamais eût pu s'imaginer que don Femand, chevalier illustre et sage, obligé envers moi à la reconnaissance, assez puissant pour obtenir la satisfaction de ses désirs amoureux, quelque part qu'il pût s'adresser, eût voulu se souiller, et m'énlever, comme on dit, ma seule brebis, que je ne possédais pas encore? Mais laissons ces inutiles plaintes, et reprenons le fil de ma triste histoire. Don Femand , voyant que ma présence était un obstacle à ses odieux projets, résolut de m'envoyer à son frère aîné ; et , le jour même qu'il se chargea de parler à mon père, ayant fait exprès marché de six chevaux, iline pria d'aller demander à son frère de l'argent pour les payer, four vais-je prévenir une telle trahison, pouvais-je la soupçonner? Non, certes. Aussi je m'offris à partir à l'instant, satisfait du bon marché qu'il venait de conclure. Le-soir, je parlai à Ludude, et lui dis ce qui était ccmvenu avec don Femand; qu'elle eût bonne (^pérance , et que nos justes vœux seraient exaucés. Elle me répondit f soupçonnant aussi peu que moi la trahison de don Femand, de m'effiorcer de revenir promptement, qu'dle ne doutait pas. du succès de nos vœux, aussitôt que mon père

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aurait parlé au sien. Je ne sais œ qoVIfc éjpnMifa dans ee moment, mais sesyenx se remplirent dehoMS, et, qoeiqae effort fiVIe fit, die se tronya si oppuaife qn*clie n'en pot dire dJMBtage, qooiqa'B nie parût qn'dfe yonlait me parier ennre. Cet accident, dontje ne lavais janaisToe atteinte, me surprit ;diaqiie fo^qnemes soins et ma bonne fortune me permettaient de Tentretenir, c'était avec une satisfoetîmi et une aD^;resse mntneDe, sans mâor nos entretiens de hrmes, de soiqûrs, de jalousie, de soupçtms et de craintes. Je ne foisais que me féliciter de mon bonheur de ce que le cid me Farait donnée pour maîtresse. J'exaltais sa beauté , son mérite, sob jugement EDemfc rendait mes doges, rdevant en moi ce que Famour lui foisait trouver digne de louanges. Enfin, nous nous entretenions de mille bagatelles, des aventures de nos voisins et connaissances, et la plus grande liberté que je me donnasse était de loi prendre presque de ftNrce ses blanches mains , h de les porterâmeslèvres, autant que me le permettait la jalousie qui noo^ séparait. Mais la nuit qui précéda le funeste jour de mm départ, die pleura, gémit, soupira et me laissa plein, de tnmble et de confosion d'un spectacle si nouveau pour moi et si douloureux. Pour flatler mes espérances, je Tattribuai à la force de Tamour et au profond chagrin que cause Fabsence à ceux qui s'aiment bioi.

Enfin , je partis, triste et pensif, l'esprit rempli de frayeurs et d'images funestes, sans pouvoir me rendre compte de mes doutes ou de mes craintes , trop sûr présage des maux qui m'attendaient Je rendis la lettre de don Fernand à son frère, qui m'accueillit bien, mais sans me renvoyer; il m'ordonna d'attendre huit jours avant de me présenter devant le duc , parceque c'était à l'insu de celui-ci que don Fernand lui demandait de l'argent. Tout cela était un artifice de don Fernand pour retarder mon retour, car son frère ne manquait pas d'argent pour m'expédier sans délai. Aussi fus-je sur le point de m'en retourner, ne pouvant vivre si longtemps éloigné de Lucinde, surtout l'ayant laissée aussi triste. J'obéis pourtant, et

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