PARTIE L CHAPITRE XXVII
je rest^ en «mi^dâe , quoique je visse bien que c'était au prix de mon bonteur. Quatre jours après mon arrivée, un homme m'apporta une lettre que je reconnus être de Lucinde. Je l'ouvris en tremblant I persuadé qu'elle ne pouvait m'avoir écrit que pour une affaire importante, puisqu'à présent ^e ne le faisait que rarement: Avant jque de la lire , je demandai au porteur qui la lui avait donnée, et combien -de temps il avait ^é en chemift. II me répondit que , passant jdsHis une rue ^ la ville, vers Theure de midi, une dame jEqrt belle ettoutJMorée Favait ^^^pclé par une fenêtre, et lui avait dit àvecdbeaucoup de précipitation : Mon ami, si vous' êtes chrétien,' comme il me le parait, je vous conjure, pour Tamour de DJeu, de faire remettre sur-le-k)hamp cette lettre à son adresse : la personne est bien connue. Vous ferez une chose agréable à Dieu; et, afin que vous soyez en ét^t de faire ce que je, vous demande, voilà ce que je vous donne. Eh même temps elle me jeta un mouchoir dans lecpiel je trouvai cent réaux, avec cette bague d'or et la lettre ;iSans attendre de réponse, et après que je Ymi assurée , par signes , que je ferais ce qu'dle m'ordonnait*,' die ferma sa fenêtre. Me trouvant donc si bien payé d'avance , et voyant que la lettre s'adressait à vous , que je connais bien, plus touché encore des larmes de cette belle dame, je n'ai pas voulu m'en fier à un autre, je suis venu môi-mènie, et dans seine heures j'ai fait les dix-huit iieues qu'il y a d'ici à la ville; Peh-r dànt que cet obligeant messager me parlait, je Fécoutais avih dément, et mes jambes tremblaient si fort, que j'avais de. la peine à me soutenir. Enfin, je liis la lettre de Lucinde, qui contenait ce qui suit : . ^ y
«Don Femand s'est acquitté de la*parole qu'il voij^ avait <i donnée de faire parler à mon père, mais il l'a faittlans son «intérêt et non dans Id vâtre, fl m'a demandée. en nnriage, et «mon père, aveuglé par l'ayantage . qu'il espère' de cette «alliance., y a consenti avec, tant dTempressement que, dans «deux jours-, don Femand doit iné donner la main, sans autres
a témoins que le ciel et qoelqaçs gens de notre maison. Juge x « de Tétat où je suis. Si vous croyez pouvoir venir, venez promp- «tement. La suite de cette affaire vous fera voir si je vous ««me. Dieu veuille que cette lettre tombe entre vos mains , «avant que la mienne se voie contrainte de se joindre à celle «d*un homme qui garde si-mal la foi promise.» '.
Telles étaient les nouvelles contenues dans la lettre. Je partis $ur t|ieure sans attenidre argent ni céponse ; je vis bien clairemen^/iue ce n'était pas Tachât des chevaux, mais la satisfaction de ses désirs qui avait poussé don Femand à m'envoyer vers son frèire. La colère que j'en eus , la crainte de perdre un bien acquis par tant d'années de service, me donnèrent des ailes : j'arrivai le lendemain à la ville, justement à l'heure où je pouvais parler à Ludnde. J'entrai secrètement , laissant ma mule d llioiùme qui m'avait averti. La fortune , favorable encore cette fois, me fit trouver Lucinde à la fenêtre témom de nos amours : nous nous reconnûmes aussitôt, mais non comme nous devions nous reconnaître. Qui peut jse vanter d'avoir jamais pénétré les pensées confuses et mobiles d'une femme? personne! Gardenio, me dit Lucinde, je suis v^tue en épousée : le traître don Fernand et mon avaricieux père m'attendent dans la salle; mais ils seront témoins de ma mort plutôt que de mon mariage. Ne te trouble point , ami^ mais tâche de te trouver à ce sacrifice : si mes paroles n'ont pas assez de force pour l'empêcher, un poignard caché me garantira mieux, et la fin de ma vie te sera une preuve étemelle de ipon amour el de ma fidélité. Je lui répondis .à la hâte, craignant d'être interrompu : Que tes actions répondent à tes paroles. Si tu portes un poignard auquel tu te confies, je porte une épée pour te défendre ou pour me tuer, si la fortune nous est contraire. Je ne sais si Lucinde m'entendit, car on l'appela de la salle voisine, parceque le fiancé l'attendait. Mon désespoir était au comble; ma tête se troubla, mes yeux s'obscurcirent; je ne pouvais trouver l'entrée de la maison, ni me diriger vers aucun endroit : cependant , péuéWé de la