‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 134 sur 278 · PARTIE l CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

PARTIE l CHAPITRE XXVII

je fais mille' folies, déchirant me$ habits , criant à pleine tète an miUea de ces solitudes, maudissant iha mauvaise fbrtune, et répétant en vain le nom chéri de ma cruelle ennemie, sans avoir d'autre dessein que d'expirer au milieu de mes cris. Quand je reviens à moi ', je me trouve tellement abattu que je puis à peine me remuer. Mon asile ordinaire est u^ li^e creux, '4ui s'est trpuvé assez gros pour alHriter ce misérable corps. Les vàchei^ et les chevriers de ces montagnes, émus de pitié, me mettent à manger dans les chemins et sur les roches où ib pensent que je^ le pourrai trouver en passant car, quoique j'aie perdu le juge* ment, la nature ne laisse pas de me faire seûtir ses besoins, et éveille en moi le désir et la volonté de les satisfaire : quelquefois, quand ces bonnes gens me trouvent avec un peu de raison, ils me disent que je leur arrache leur provision par Gorce, quoiqu'ils me l'eussent donnée de bon coeur. Voilà de quelle inaiiière je passe ma misérable vie, en attendant que le ciel en amèife la fin, ou m'enlève la mémohre pour me.faire perdre le souvenir de . la beauté, de l'ingratitude de Lucinde, et de la perfidie de don Fernand. Si j'obtiens^ cette JFaveur sans perdre la vie , j'espère que les troubles de moii esprit se dissiperont ; sinon , je ne puis que recommander mon ame à la miséicorde de Dieu , car je n'ai point assez de fonrcè pour me retirer de Tabtme'où je lue sui^ plongé moi-même. Telle est , seigneurs , la déplorable histoire de mes malheurs; dites-moi si elle peut s'exprimer sans les démtastrations de douleur que vous avez reconnues en moi. Ne praie2 point une peine inutile en m'ofl^nt des consolations et les conseils que la raison vous dira m'étre salutaires,ils meserviront comme une médecine ordonnée par un docteur habile, au malade qui ne la vent pas prendre. Saûs Lucinde, je ne veux 'point de la iSanté; et, puisqu'il lui à plu de se donner à un autre, lorsqu'elle était ou devait être à moi , il me platt d'être malheureux, tandis que je pouvais être fortuné; elle a voulu,' par* son changement, rendre ma iperte assurée; moi , je veux achever dé me perdre pour sitisfeire sa volonté. Je servirai d'exemple à l'avenir, car à moi seul a manqué ce qui reste à tous les malhai-

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reax que riinpostsibîlité d'un sort meiDeiir amène à la résignation et console; pour moi, mes maux sont bien plus gi^ands et d'une autre nature , et je nt sais si k mort y pourra mettre usa terme. '

Cardeniq finît;ainsi le long récit de ses malheurs"; et, comme le curé s'apprêtait à fui. offrir quelques consolations, il en.ftit MDpèché par W bruit d'une-voix plaintive qui disait te que nous YClTons dans la quatrième partie de cette bistoire. GTest ici que terftiine la troisième le savant et exact Gid Hamet Beti^gely.

i. CflAt»ITRE XXVIII.

'^ Df^ la nouvelle, et agréable aventure qui arriva au curé et au barbier

àxài la Sierra-Morena. • ' '

Ce fut.un très heureux siècle que celui qui ddqna naissance-

à Vintrépide chevalier D09 Quijote de. la Manche^ c'est pa^-qu'il â formé là généreuse résolution de ressusciter la chevalerie-errante, prenne entièrement perdue, que; dans ces temps malheureux, dépourvus d'entreticqis agréables, nous jouissons, non-seulement des agréments de sa véridique histoire, mais encore des nouvelles et des* épisodes qu'elle renflprme , et qui ne sont ni moins agréables, ni moins intéressants, ni moibs véridiques que l'histoire elle-même : elle poursuit le fin des aventures de noire chevalier, et rapporte qu'au moment où le curé $e disposait à consoler Gardenio, ime vpix se fit entendre qui répétait ces tristes accents \ .

Serait- il possible, grand Dieu, que j'eusse enfin trouvé le lieu propre à servir de sépulture inconnue à ce corps misérable dont je por^ si involontairement le fardeau ? Oui , si là solitude de. ces montagnes ne me trompe pas. Infortunée que je suis! cçmbien la compagnie de ces rochers et de ces bruyères qui me laissent exhaler mes plaintes vers le ciçl ^ st plus conforme à mu

' ."Çic rastrilKktio , torcido , y aspado hUo.

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