‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 133 sur 278 · PARTIE 1. CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

PARTIE 1. CHAPITRE XXVII

de IViir, on trouva dans son sein un papier plié, que don Fernand prît aussitôt, et lut à la claiité d'un flambeau. Après cette lecture, il se jeta sur une chaise, appuyant sa tète sur sa main, comme un homme qui réfléchit, sans s^occuper des secours que Ton portait à sa foiime pour la faire revenir. Pour moi , Voyant tous les gens delà maison dans le trouble, je mé hasardai à sortir, que Ton me vit pu non, résolu, si Ton m'apercevait , de faire un tel éclat, que tout le monde piM; reconnaître mon indignation au châtiment du traître donFernand et de sa trompeuse épouse. Mais la fortune, qui me réservait à de plus grands maliieucs , ,s'il en est , me conserva alors un reste de jugem^t , qui m'a tout à fàft manqué depuis. Je sortis sans tirer de mes en^ nemis une vengeance bien facile, puisqu'ils ne se défiaient ppiiit de moi,^ résolu d'exercer sur moi'-mème là punition qui leur était duCj et même avec plus de rigiieur que je n'en eusse usé envers eux si je leur avais (d(Hmé la jnort. Celle qui nous surprend brusquement termine bientôt notre peine, mais celle qui se prolonge dans les tourments, se répète sans cesse sans mettre fin à notre vie. Enfin, je sortis de cette maison : j'allai retrouver l'homme à qui j'avais laissé ma-mule; je la fis seller, et , sans lui dire adieu, je partis et sortis de la ville sans oser, comme uù autre Loth, me retourner pour la regarder. Quand je me vis seul dans les champs, dans le silence et l'obscurité de la^nuit, si favorable aux plaintes, sans crainte d'être entendu ni reconnu , je me répandis en imprécations c(mtre Lucinde et don Férnand, comme si dle$ eussent pu réparer l'outrage qu'ils m'avaient Mt. J'appelai Lucinàe crueDe, ingrate, perfide, et surtout avare, puisque la richesse de mon ennemi l*avait aveu glée au point de me sacrifier à lui, et de s'unir à celui envers qin la. fortune s'était montrée plus libérale. Cependant, .au milieu de mes emporteffiçnt&, je cherchais encore à Fexcuser : je me disais qu'il n'était pis étonnant qu'ime jeune fiùe , élevée soiis les yeux de ses parents , accoutumée et pliée à'ieur obéir en tout , $e fût soumise à leur volonté , Icûrsqu'ils lui donnaient I>our époux un homme de haute naissance, si riche et d'un si

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griAd mérite, qnie le refuser eût été montrer peu de jugement^ OQ dcmoer à penser qu'dle pvait jK)rté ses vœox aîUéîrs*, ce qui pouvait nuire beaucoup |i sa réputation. Mais ensuite, je me révisais : si, disais-je, die avait avoué notre union, ses parents auraient 'bien vu qu^elle n'avait pas fait un'fnauvais choix,- et fiidlement ils l'auraient excusée ; car, avaflt que doîoi Femànd flr'offrtt à eux, ils n'auraient pu désirer et rencontrer un meli- Mttr parti que mot-méme, en supposant leors^ désirs réglés par ItnSaoà. Elle-mè&ie, avant de se lainêr Qontjraindre à disposer de sa main, pouvait dire qu'elle ètzit accepté la mienne -j'aurais paru jKim* 'soutenir tout ce.qu'dle eût dit po^u* sa*défense. EnQn, je conclus que peu d'amour et de jugement, trop d^am- Vàkifa et'*raiBonr des grandeurs, lui avaient fait oublier les aermaits^ par lesquels elle m'avait trompé, endormi, entreteiAi dans mes fermes eq)éranoes et dansi unes bonnètes désirs.

Je niarchai le reste de la nuit dans cette agitation, répétant mes plaintes , et te matin je me trouystî à feutrée de ces montagnes, où je cbemînai encore trois jours sans taiîr aucijinç route^jusqu'àceque j'attrivassedans des prairies situées dans je ne ^is quelle partie de ces montagnes. Je demandai à des bergers quel était l'endroit le plus désert : ils m'enseignèrent eiditf-ci , où je vins sans m'arréter, dans la résolution d'y achever maîtriste vie. En arrivant au pied de ceç rochers, ma mule tomba morte de faim et de lassitude K Moi je demeurai sur mes pieds, sfflis forces, mourant de besoin, sans secours et sans savoir où en trouver. Je restai je ne sais combien de temps étendu par terre , d'où je me levai ensuite sans éprouver aucun besoin ; je vis auprès de moi des bergers qmi m'avaient sans doute secouru, car ils m'instruisirent du pitoyable état dans lequel ils m'avaient trouvé, de toutes les extravagances que j'avais diles et qui prouvaient que j'avais perdu Tesprit. J'ai bien reconnu moi-même , depuis^ que je ne l'ai pas bien sain, et si affaibli que

^ Gerrantcs ajoute : O lo que ro, mas creo, por dcsechar de si ion intUil carga eomo en mi iievdba , ou ce que je crois plutdt, pour rejeter on fardeau au66i inu^ tile que jte Tétato.

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