PARTIE 1. CHAPITRE XXVIII
ea cette situation sans savoir à quoi me résoudre, puisque je ne trouvais point don Feraand, lorsque j'entendis publier par la ville qu'on donnerait une grande récompense à qui me découvrirait, avec désignation de mon âge et de l'habit que je portais. J'appris qu'on répandait le bruit que le berger qui était vjonu avec moi m'avait enlevée de chez mon père :. cette nouvelle me pénétra de douleur ; je voyais combien ma réputationavait souffert non-seulement par ma fuite, mais encore pour avoir choisi un siyet si bas et si indigné de moi. Je sortis de la ville, aussitôt que j'eus entendu les crieurs, avec ce garçoû, dont la fidélité mê paraissait devenue assez douteuse, et , cette même nuit^ nous pénétrâmes, dans le plus secret de ces montagnes avec la crainte d'être découverts. Mais, ainsi qu'on le dit , un mal enappdle un autre , et la fin d'uile disgrâce n'est que le commencement d'une plus grave; ainsi m'arriva-t-il : ce berger, jusque-là fidèle et sûr, ne me vit pas plutôt dans cette solitude , que mu par sa niéchanceté bien plus que par l'attrait de ma beauté , il voulut profiter de l'occasion qui lui était offerte , et , sans aucune retenue, sans crainte de Dieu, sans respect pour moi, me requit d'amour; voyant que je répondais avec un juste mépris à son impudents proposition, il laissa là les prières, auxquelles il avait cru devoir recourir d'abord, et voulut employer la violence. Maig le ciel, qui, rarement, ou plutôt jamais ne cesse de protéger les intentions hoim(tes, mé favorisa de manière qu'ayec mes seules forces'et peu de peine, je le poussai au bord d'un précipice où je le laissai vif ou mort. Fuyant aussitôt avec plus délégèreté que ne devaient* lé permettre mon trouble ^t ma fai|)lesse, j'entrai plus avant dans ces montagnes, sans autre dessein que de me cacher à ceux qui me cherchaient de la part ^demon père. Il y a je ne sais combien de mois que j'y suis. J'ai trouvé un berger qui m'a pris à son service, et m'a conduit dans un lieu qui est au centre ^ de ces montagnes. Je lui ai servi de garçon pendant tout ce tempslà, cherchant à être toijgours dans les champis, afin de cacher
* En i€u entra n€is.
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ces dieveux qui, sans que j'y pensasse , viennent de me découvrir^ Mais tous mes soins et mes précautions ne m'ont servi de riai : mon maître a reconnu que je n'étais pas un garçon, et àmçu les mêmes désirs qae mon valet; et, comme la fortune ne toet pas toujours le remède à côté du mal, je ne trouvai point de précipice pour terminer les poursuites et les peines^^ de cet bommé comme j'avais fait de l'autre. Ainsi, je pensai qu'il valait mieux fuir et me cacher de nouveau dans ces mimtagpes^'que d'avoir recours à mes forces ou à mes prières. Je dierchai donc un lieu où je pusse librement m'efforcer d'émouvoir.te ciel par mes soupirs et mes larmes , lui demander de me secourir et de me. sauver, ou terminer ma vie au sein -de ces solitudes, sans qu'il reste souvenir d'une infortuné qui, sans être coupable , a tant. fait parler d'elle dans son pays et ailleurs.