‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 144 sur 278 · PARTIE I. CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRE XXIX

tout ce qui dépendrait de hii. Il raconta brièvement la cause qui les avait amenés dans ces montagnes , Fiétrange folie de Don Quijote, et comment ils attendaient là^son écuyer qui était allé à sa recherche. Gardem'o se ressouvint alors, <;omme d'un songe, de la querelle qu'il avait eue avec Don Quijote, et la raconta aux autres; mais il ne put jamais se rappeler la cause de la dïsputei

En ce moment, ils entendirent une voix qu'ils reconnurent pour être celle de Sancho, qui , ne lés ayant pas trouvés au rendez-vous, ne cessait de leç appeler. Ils allèrent au-devant de/ , lui, et lui demandèrent des nouvelles de Don Qu^ote. Il répon- rl-r dit qu'il Favaît trouvé nq en chemise, maigre, pâle, à demi mort de faim, et soupirant pour sa dame Dulcinée; et que, quoiqu'il lui eût dit qu'elle lui commandait de quitter ces lieux, et de venir la trouver au Tohoso où elle l'attendait, il lui avait répondu qu'il était déterminé à ne point paraître devant sa beauté avant d'avoir fait quelque grande action qui pût lui mériter sa grâce* Si cela dure, il court riscpie ne n'être jamais empereur, comme il y est obligé, ni même archevêque, qui est le moins qu'il puisse prétendre; ainsi, voyez ce qu'il est convenable de ffire pour le tirer de là. Le curé lui répon4it de ne se pas mettre en peine , qu'ils le feraient bien sortir de la monts^e malgré lui. Il communiqua alors à Dorothée et à Gardenio ce qu'il avait imaginé pour guérir Don Quijote, ou, tout au moins, pour le ramener dans sa mai$on. Dorothée repartit qu'elle ferait la demoiselle affligée beaucoup mieux que le barbier, d'autant plus qu'elle av^t avec elle des habits pour la représenter au naturel; qu'ils s'en reposassent sur elle du soin de remplir son personnage de manière à amener le succès de leurs desseins , parcequ'elle avait lu beaucoup de livres de chevalerie, et connaissait bien le style des demoiselles affligées ' quand elles requéraient un don des chevaliers errants. H xHd faut donc plus, dit le curé, cpie se mettre promptement â l'œuvre. Sans douté là fortune se dédafe éh ma faveur^^puisqu'elle a commencé , seigneurs, et d'une nanière si imprévue à vous pré-

senter qudque soulagement, et qu^dle nous facilite, à nous, TexécudoQ de notre entreprise. Aussitôt Dorothée tira de sa taie d'cH*eiller une jupe de riche toile, une mantille verte; dans une botte, elle prit un collier et d'autres joyaux dont elle se para d«is un moment , de manière qu'elle paraissait une grsmde et riche dame. Elle leur dit qu'elle avait apporté ces objets et d'autres encore de sa maison, pour s'en servir si l'occasion se (Nnésentait; mais que, jusqu'alors, il ne s'en était offert aucune. Sa grâce , sa gentillesse et sa beauté charmèrent tous les assistoits, et leur confirmèrent que don-Fernand était homme de peu de jugement , puisqu'il avait pu dédaigner une si rare beauté. Mais celui qui témoigna le plus d'admiration fut Sancho; il lui semblait , et avec raison, n'avoir, de sa vie, vu ime aussi belle personne. Aussi demanda- 1- il avec empressement au curé quelle était cette d«ne si belle , et ce qu'elle venait cherdier dans ces déserts. Cette belle dame, fthré Sancho, lui répondit le curé, n'est rien moins que l'héritière en ligne directe et masculine du grand royaume de Micomicon. Elle vient à la recherche de votre maître, pour lui requérir un don, (piî est de la venger, â'un tort que lui a fait on méchant géant. La réputation de bon dievalier dont jouit Don'Quijote par toute la Guinée, a déterminé cette princesse à se mettre à sa recherche. Heureuse recherche! heureuse découverte l s'^ria Sancho, surtout si mon maître est assez heureux pour venger cette injure et redresser ce tort , en tuant ce traître de géant. Il le tuera ca*tainement,^ s'il le rencontre, pourvu que ce ne soit psfs un fantôme; car, contre les fantômes, mon maître est sans pouvoir. Mais, seigneur licencié, je veux avant tout vous supplier d'une chose, et c'est de peur qu'il ne lui premm fantaisie de se faire archevêque, dé lui conseiHer de se marier sur-le-champ avec la pripcçsse : par ce moyen , il sera dans l'impossibilité de recevoirles ordres sacrés, parviendra facilement à se faire empereur, et moi , à la fin de tous mes désirs. #ai bien réfléchi làdessus, et je trouve , pour moi , qu'il ne me convient pas que mon maître soit archevêque .attendu que je suis un sujet inu-

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