‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 145 sur 278 · PARTIE I. CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRE XXIX

tile à l'Église , étant marié ; de penser que j'aille maintenant courir après des dispenses pour pouvoir occuper des bénéfices y ayant, comme j'ai, fenmie et enfants, ce serait à'n'èn jamais finir. Ainsi, seigneur, l'essentiel est que mon Aaître se marie promptement avec cette dame que je ne nomme point par son nom , parceque' je ne le sais pas encore. Elle s'appelle, dit le curé , la princesse Micomicona; car son royaume ayant nom Mi- OHnicon , il est clair qu'elle doit s'iippeler ainsi. Il n'y a pas de doute, répliqua Sancho ; j'ai vu beaucoup de gens prendre pour nom et surnom celui du lieu de leur naissance, comme Pedro d'Alcala, Juan de Ubéda, Diego de Valladolid : c'est la même chose en Guinée , et les reines doivait y prendre le nom de leur royaume. Je le poise comme vous, dit le curé. Quant an mariage de votre maître , je my emploierai de tout mon pouvoir. Sancho fut aussi content de cette promesse que le curé surpris de sa simplicité, et de voir à quel point il s'était pénétré des mêmes rêveries que son maître, qu'il se persuadait devoir, sans aucun doute, devenir un jour empereur.

Pendant cette ccmversation, Dorothée était déjaj montée sur la mule du curé. Le^barbier avak placé la fausse barbe de queue de bœuf 1 Ils dirent à Sancho de les conduire au Heu où était Don Quijote, et lui reccnnmandèrent surtout de ne pas dire qu'il connaissait le barbier et le-licendé , car, de ce seul point dépendait la possibilité que Don Quijote devint empereur. Le curé et Gardenio ne. voulurent même point ailer avec les autres, de peur que Don Qu^ote ne se rappelât la quercUe qu'il avait çue avec ce dernier, et parceque la présence de r«utre n'était, pas encore nécessaire. Hs laissèrent d(mc aller leurs amis devant , et les suivirent doucement à pied. Le curé n'oublia point de répéter à Dorothée les instructions qu'il lui avait données ; mais elle répondit qu'ils ne se missent pas en pein^, que tout se passe^ rait , de point en point, c(»nme l'enseignent et le décrivent les livres de chevalerie.

Us avaient feit à peu près trois quarts de Keue, quand ite. aperçurent, au milieu des rochers, Don Quijote déjà vêtu, mais

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ooa encore armé. A sa vue,. Dorothée, avertie par Sancho/ <(]omia du fouet à soq palefroi, suivie de son écuyer, le barbier à la longue barbe. Arrivée près du chevalier, Fécuyer descendit de sa mule et s^avauça pour prendre Dorothée entre ses bras ; die mit pied à terre avec grâce et courut aussitôt se jeter aux {fenoux de Don Quijote; malgré ses efforts pour la faire releveVj elle resta dans cette posture et lui parla en ces termes : Je ne me relèverai pas d'ici, valeureux et invincible dievalier, que votre courtoisie ne m'ait octroyé un don qui exhaussera .votre personne en honneur et renommée, et tournera à l'avantage de la plus outragée et la plus inconsolable demoiselle que le soleil ait jamais éclairée; si votre valeur et la force de votre bcas répondent à Téclat de votre imnu)rtelle renommée, vous êtes

dl^gé de protéger une infortunée qui vient de contrées si loin- . taines, attirée par le bruit de votre nom fameux, vous deman- * der le remède à ses maux. Je ne vous répondrai pas une seule . parole, belle dame, dit Don Quyote, et je n'écouterai rien de plus de votre requête, que vous ne vous soyez relevée. Seigneur, reprit la belle affligée, je ne me lèverai point que votre . courtoisie ne m'ait d'abord accordé le don que je requiers. Je vous l'octroie et concède, répondit Don Quijote, pourvu qu'il ne m'oblige à rien de contraire aux intérêts de mon roi , de ma patrie, et de celle qui tient dans ses mains la clef de mon cœur et de ma liberté. Non, mon bon seigneur, répliqua la belle affligée, il ne peut porter préjudice à ceux dont vous parlez. Sancho, s'approchant alors de Don Quijote, lui dit à rorêille : Vous pouvez facilement, seigneur, lui accorder ce qtf elle vous demande : ce n'est qu'une bagatelle. 11 ne s'agit que d'assommer un vilain géant, et celle qui vous en prie est la princesse Micomîcona, reine du grand royaume de Micomicon, en Ethiopie. Qu'elle .soit ce qu'elHr voudra, répondit Don Quijote, je ferai mon devoir et ce que me dicte ma conscience, conformément à ma profession. Et , se tournant vers la demoiselle : Que votre grande beauté se lève, dit-il, je lui octroie le don qu'dle me voudra demander. Ce que je demande, dit la demoisdle, est

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