‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 155 sur 278 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

Du plaisant entretien de Don Ongote et de Sandbo Pança , son écuyer,

avec d'autres événements.

Tout cela ne mt déplaît point : poursuis, dit Don Quijote. Tu arrivas; mais que faisait cette reine de la beauté? Tu .la trouvas sans doute enfilant des perles , ou brodant en cannetille d'or une écharpe pour le chevalier son^esclave. Je l'ai trouvée, seigneur, dit Sancho, criblant deux mesures defiroment dans une basse-cotir de sa maison. Sois certain, dit Don Quijote, que ces grains de froment , touchés par ses belles mains, devenaient des')perles. Mais, dis-moi, si tu y pris garde, était-ce du blé blanc ou brun? -^ Non, ^eigneur, il était jaune. — Je puis bien t'àssurer<que ce blé, toudié par ses mains, devait produire le pain le plus blanc. Mais poursuis. Quand tu lui donnas ma lettre, la baisa-t-elle, la mit-elle sur sa tête, ou fit-elle quelque autre cérémonie digne d'une telle lettre? Que fit-elle enfin? — - Quai»! je la lui présentai, elle était au plus fort de sonoccupation et remuait le blé dont le crible était plein; de sorte qu'elle me dit : Mon ami, posez votre lettre sur ce sac*; je ne puis la lire avant d'avoir achevé de cribler ce que vous voyez. 0 la discrète dame! s'éoria Don Q\iuote : c'était ftfin de la lire tout à loisir, et d'y .prendre. son contentement. Poursuis , Sancho. Tandis qu'elle était ainsi occupée, quelle fut sa conversation* avec toi ? que te demand%-t-elle de moi? et que lui répondis-tu ?

%7Ù DON QUUOTE.

Achève, conte-moi tout, ne laisse pos échapper on seirf trait. — Ettè ne ine demanda rien, mais je lai contai la pénitence que vC^re seigneurie s'était imposée pour son serviee, nu de la cemture en haut, au milieu des montagiMs comme un sauvage, couchant sur la dure, )sans manger pain sur nappe, sans vous peigner la barbe j pleurant et maudissant votre fortuné. ^ Tu as mal fait de lui dire que je maudissais ma fortune, je la lïénis, au contraire, -et la bénirai tous les jours de ma vie , de m'avoir rendu digne d'être admis à aimer une aussi haute dame que Dulcinée du Toboso. Elle est si haute , dit Sancho, qu'en bonne foi tVLe me passe d'un demi-pied> — Gomment cela,'t'es-t|i mesuré avec elle? — Voici de quelle manière; je m'approchai pour l'aider à mettre un sac de blé sur un âne, et nous nous joignîmes de si près que je remarquai qu'elle me passait d'un grand empan. N'est-il pas vrai^ reprit D<m Quijote, que cette haute taille est accomps^ée et embellie par mille millions de grâces? Mais du moins tu ne me nieras pas une chose : lorsque tu t'approchas d'elle, a'as-tu pas senti une odeur suave^, une émanation aromatique, un je ne sais quoi de délicieux que je ne puis nommer, une douce vapeur semblable à celle qui se répand dans la boutique d'un gantier élégant? — Tout ce que je puis vous dire, c'est que je sentis une odeur semblaMe à celle d'un homme, ce qui prôveuait sans doute du violent exercice qui l'avait mise tout en sueur.— Ce n'était pas cela, tu étais sans doute enrhumé, ou bien tu te sentais toi-même, car je sais bien ce que sent cette rose entre les épines; ce lis des champs, cet ambre dissous. Gela peut être, dit Sancho, car souvent il sort de mon corps une odeur semMable à ceUe que m'a paru répandre madame Dulcinée du Toboso, mais cela a'est pas éttmnant, un diable ressemble à un autre. Hé bien, poursuivit Don Quijole, après avoir criblé son Jdé, et l'avoir envoyé au moulin, que fiit-eUe en lisant ma lettre? — La lettre , elle ne la lut pas, parcequ'elle dit qu'elle ne savait ni lire ni écrirç; au contraire , elle la déchira en mille (Hèces, disant qu'elle ne voulait la foire

1 Sabeb, du royaume de Saba , pays ricfaie en arqpiates.

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